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Procès du drame de St-Médard

Le procès sur la collision entre un TER et un poids lourds à Saint-Médard-sur-Ille, en Ille-et-Vilaine, le 12 octobre 2011, dans laquelle trois personnes avaient trouvé la mort et 61 autres avaient été blessées, a débuté lundi devant le tribunal correctionnel de Rennes. Le conducteur du camion, âgé de 41 ans, placé sous contrôle judiciaire depuis le drame, a comparu les deux premiers jours du procès.

Selon les calculs réalisés par le Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT), le poids lourd se serait engagé sur la voie alors que le feu clignotait et que la sonnerie résonnait. Cette signalisation aurait débuté alors que le camion se trouvait à une distance de 100 mètres environ, avant la demi-barrière d’entrée.

Des témoins ont rapporté les mêmes éléments, à savoir : le poids lourd s’était engagé sur la voie et s’y était immobilisé. Le conducteur routier aurait tenté une marche arrière mais les barrières s’étaient abaissées.

Mais le conducteur du camion ne serait pas responsable de tout. Les enquêteurs attribuent trois causes à l’accident. « L’erreur humaine » du chauffeur du poids lourd ; « la configuration générale des lieux » et « la non-réactivité des organismes, par rapport aux recommandations faites sur les travaux » à mener. Un ancien conducteur de la SNCF, chargé de l’enquête CHSCT, dans les jours qui ont suivi l’accident, a estimé que « l’équipement de base du passage à niveau n’était pas suffisant ». Pour trois raisons : un trafic de camions important, une configuration du PN « pas facile », une visibilité nulle pour le chauffeur du train à l’approche. « 4 secondes sur la barrière droite et 2,5 secondes sur la barrière gauche ».

Le conducteur du poids lourds conteste un seul point : « avoir franchi délibérément le passage à niveau alors que les feux et la sirène retentissaient. S’il avait vu un de ces éléments, il se serait arrêté immédiatement et on n’en serait évidemment pas là” a déclaré son avocat, Stéphanie Clément.

Le conducteur a souhaité lire hier, avant son interrogatoire, une lettre destinée aux victimes dont voici un extrait :

Pour la première fois, je m’adresse à toutes et à tous. Si je ne me suis pas exprimé avant, c’est à cause de l’interdiction qui m’en était faite par le contrôle judiciaire. Vous espérez très certainement beaucoup de moi. Je ne connais aucun de vos visages. J’ai pris connaissance de vos souffrances, de vos traumatismes, de vos handicaps. Mais n’ayant jamais été à votre place, je ne peux imaginer ce que vous tous attendez de moi. … Cela fait sept ans que je cache mon traumatisme. Trouver les mots qui pourront apaiser vos meurtrissures est utopique.”

Le conducteur du train, de son côté, a bien vu la remorque du camion, en sortie de courbe. « J’ai appuyé sur le bouton d’urgence. » Le train a déraillé, sur l’autre voie. « Ma priorité a été d’arrêter les trains susceptibles d’arriver dans l’autre sens, pour éviter le suraccident » a –t-il précisé.

Le conducteur du camion, toujours placé sous contrôle judiciaire, qui s’est reconverti dans la décoration, a déclaré : « J’avais créé une entreprise de transport routier. Ça s’est très mal terminé. Je ne remettrai plus les pieds dans un poids lourd. »

Après trois accidents au même endroit, en 2007, le BEA-TT avait invité la SNCF, le Département et la commune de Saint-Médard à mettre en oeuvre « des mesures aptes à faciliter le franchissement des poids lourds et leur croisement sur ce passage à niveau ». Des travaux seront décidés après le drame de 2011, dont le remplacement du passage à niveau par un viaduc routier. Trop tardivement.

 

 

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