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Et si Tesla était une supercherie

Rien ne va plus pour Tesla. Les soucis s’accumulent en seulement quelques semaines. L’accident de sa Model X en mars dernier, ses démêlés judiciaires avec Nikola, sa chute en bourse, rien ne va plus pour le constructeur. Beaucoup critique la technologie de ses véhicules électriques dont son camion 100% électrique. Et c’est surtout sa capacité à produire qui est remise en cause. Tesla sera-t-il capable de fabriquer autant d’unités qu’un constructeur classique ? Et si Tesla était une supercherie, une simple opération de marketing ?

Elon Musk (photo), le boss de Tesla, est au cœur de toutes les discussions. L’homme d’affaires a multiplié les annonces de concepts révolutionnaires dont le fameux camion 100% électrique. Aujourd’hui, c’est le monde de la finance qui réagit.

La production de ses voitures est un test pour le futur camion électrique. Le constructeur a promis d’atteindre son objectif de 5 000 véhicules (la Model 3 dont la production a débuté en juillet dernier) par semaine d’ici l’été, soit dans deux mois. Impossible pour les constructeurs historiques. Musk avait déjà fait cette promesse deux fois sans pouvoir la tenir. Or, pour les économistes, pour pouvoir être rentable, Tesla doit atteindre ce seuil de 5 000 véhicules semaine. Au premier trimestre 2018, il a fabriqué 9 766 Model 3, sans parvenir à atteindre son objectif de 2 500 par semaine fixé à la fin mars (contre 30 000 unités prévues). Comment va-t-il s’organiser pour produire ses futurs camions électriques beaucoup plus complexes à fabriquer qu’une simple automobile ? Ses futurs acheteurs commencent à douter.

Tesla face aux grands. Les constructeurs historiques n’ont pas dit leur dernier mot. Volvo Trucks a présenté le mois dernier son premier camion 100% électrique. Le FL Electric équipé d’un moteur de 185 kW avec une puissance pouvant monter jusqu’à 250 chevaux a une autonomie d’environ 300 kilomètres. Et Volvo Trucks a toutes les capacités industrielles de produire autant de camions électriques qu’il le souhaite. Le constructeur suédois a d’ailleurs annoncé la commercialisation de son FL Electric dès 2019. Volvo a aussi son réseau commercial à rendre jaloux Tesla. En résumé, Tesla n’a pas la capacité à produire.

Effets d’annonces. Tesla s’est empressé d’annoncer les commandes pour son camion électrique et surtout les noms des sociétés : Pepsi (100), UPS (125), DHL (10), la poste norvégienne (Posten Norge), Anheuser-Busch (40) ou encore Walmart. Une vingtaine d’entreprises d’Amérique du Nord et d’Europe aurait ainsi commandé la fameuse semi. Sauf qu’il s’agit de réservation avec options. L’engagement d’achats est limité. Il est certain que si les camions commandés ne pouvaient être produits par Tesla, les clients ne se gêneraient pas pour résilier leur contrat. Déjà une mauvaise nouvelle : Anheuser-Busch qui a réservé (seulement) 40 véhicules à Tesla vient d’annoncer qu’il venait de passer une commande ferme de 800 camions à hydrogène à son … concurrent direct Nikola (le même qui l’assigne en justice, voir ci-après). La guerre des camions électriques a débuté.

Musk n’est pas un financier. Mais, aujourd’hui, c’est la bourse qui réagit et ce n’est jamais bon. La semaine dernière, le titre Tesla chutait en quelques heures de plus de 5 % dans les échanges après que le constructeur californien ait fait état d’une « consommation de cash supérieure aux prévisions des analystes au cours du premier trimestre. » Rappelons qu’en février, l’entreprise franchissait en bourse la barre des 56,7 milliards de dollars. La chute risque, pour certains, d’être fatale. Car Elon Musk est peut-être un constructeur (bien qu’il doit faire ses preuves), il n’est pas un financier selon les économistes. Tesla a consommé 1 milliard de dollars de cash entre janvier et mars de cette année, contre trois fois moins au trimestre précédent.

Problèmes juridiques. Dernier ennui, et de taille pour Elon Musk : Nikola Motors a lancé dernièrement une action en justice contre sa société pour plagiat du camion et vol de six brevets. Nikola qui estime que le camion Tesla est “sensiblement” similaire à son propre design réclame deux milliards de dollars au constructeur. A voir.

Elon Musk est indiscutablement un excellent communicant mais apprend aujourd’hui que le métier de constructeur dont la mission première est avant tout de « produire » ne s’improvise pas. La production de son camion 100% électrique n’est pas prête d’être lancée. A moins que le super héros comme l’a surnommé dernièrement le Nouvel Obs ne nous surprenne encore une fois. C’est tout l’art des communicants. Il vient de déclarer que « les robots seraient la cause principale des retards de livraison du Model 3 » !

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