Tribunes

Intégrer les autoroutes périurbaines dans les concessions pour faciliter leur entretien ?

Par Yann Viguié, secrétaire général de l’OTRE Ile-de-France

La semaine dernière, les sociétés d’autoroutes ont donc proposé d’intégrer 600 kilomètres de voies périurbaines dans leurs concessions afin « d’aider » l’Etat à entretenir ses routes. Ces voies sont partout en France, mais l’Ile-de-France en prend une très large part assumant l’essentiel du réseau autoroutier non concédé, avec il est vrai des différences de qualité de réseaux entre les parties concédées et celles relevant de l’Etat, et notamment de la DiRIF.

Le réseau autoroutier francilien compte à lui seul 450 kilomètres d’autoroutes et voies rapides gratuites déjà financées par nos impôts et ceux des entreprises. Dans le même temps, la maire de Paris est en train de faire chiffrer sa proposition de gratuité des transports en commun, et penche pour le péage urbain comme solution pour taxer la circulation plutôt que le stationnement.

L’AFIFT ou le Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI) cherchent toujours comment financer les transports alternatifs à la route et l’Etat cherche des solutions pour financer les transports en commun, en passant du Grand Paris au déficit abyssal de la SNCF, voire demain aux tramways et autres téléphériques urbains et tout cela sans que çà ne lui coûte rien, ou le moins possible. La piste de création d’une institut public « Routes Nationales de France », un « machin » comme disent certains est également lancée, ce que d’aucuns qualifient déjà d’une privatisation des routes nationales sur les rails !

Ajouter tout cela, secouez bien, et on devrait rapidement retrouver dans la Loi d’Orientation des Mobilité (LOM) une nouvelle taxe sur la route et ses utilisateurs, en premier lieu les Poids Lourds, sous forme d’une écotaxe qui ne veut pas dire son nom !

Comme si l’Etat (qui a déjà bradé nos autoroutes sous le gouvernement Villepin) souhaitait régler ses problèmes de financement des infrastructures en confiant également la gestion de nos autoroutes gratuites aux concessionnaires privés qui n’attendent que çà ! Le ministère des Transports étudie donc actuellement la création d’un établissement public, doté d’un financement issu du transport routier, pour mener la rénovation du réseau national. Mais ce projet, soutenu par plusieurs députés, rencontre pour le moment (encore) l’opposition de Bercy.

Si les routes et accessoirement les réseaux autoroutiers sont notre outil de travail et on besoin d’un financement pérenne et sécurisé, celui-ci ne doit pas se faire au détriment des seuls utilisateurs transporteurs dont les marges sont toujours si faibles qu’ils ne pourront ni l’absorber, ni les répercuter à leur clients chargeurs. A cet égard, l’impossible répercussion de la taxe kilométrique belge en est le meilleur contre-exemple. Si l’entretien de nos routes est indispensable, les sociétés autoroutières concédées qui s’intéressent à nos autoroutes gratuites ne le font pas par philanthropie et le feront en échange d’un péage ou d’un allongement de leurs concessions dont l’échéance est déjà fort fort lointaine !

Une agence de financement des routes pour s‘assurer que ce qui vient de la route va à la route ? Pourquoi pas, cela peut se réfléchir et se concevoir, et même si çà ne plait pas à Bercy, car la TICPE par exemple n’est pas « fléchée ». Une nouvelle agence pour alourdir le mille-feuilles, dans l’opacité, créer des postes d’administrateurs pour taxer toujours un peu plus la route ? Il faudra bien alors que la profession, (qui a déjà dit non à toute nouvelle taxation passe de l’incantation ou de l’opposition à l’action), se mobilise, de préférence dans l’unité, et n’en déplaise au gouvernement qui ne souhaite pas ouvrir un nouveau front avec les transporteurs routiers après ceux de la SNCF ou d’Air France.

Mais si le gouvernement veut imposer une nouvelle taxe routière pour pénaliser ceux qui font l’effort tous les jours de livrer, transporter, nourrir, vêtir, nos concitoyens, alors même que les problèmes de concurrence déloyale de la profession sont très loin d’être réglées, et que les opérateurs low cost, (qu’il s’agissent des véhicules d’Europe de l’Est qui passent entre les mailles du filet, ou les Véhicules Utilitaires Légers qui pourraient être exonérés comme ils l’auraient été avec la défunte écotaxe), alors il trouvera en face de lui une bonne partie de la profession, en Ile-de-France tout au moins …

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