EDITO HERVE REBILLON

N’oublions pas les petites entreprises du transport !

Nous avons tous tendance à l’oublier mais la majorité des entreprises de transport en France sont de petites et moyennes structures, certaines n’ont qu’entre un et cinq camions. On les appelle les TPEs, les très petites entreprises, et les PMEs, petites et moyennes entreprises. Le congrès national de l’Unostra qui les représente depuis 60 ans a eu lieu samedi dernier près de Bordeaux et a rappelé leurs difficultés à surmonter la surtaxation française.

En cas de nouvelle taxe poids lourd, « c’est la clé sous la porte » pour les petites entreprises, comme l’a parfaitement rappelé Sandrine Bachy, présidente de l’UNOSTRA, lors de l’interview qu’elle a accordé à TRM24. « Une nouvelle taxe cumulée à toutes les dernières mesures fiscales, les entreprises de taille petite et moyenne disparaitraient ». Parmi ces mesures : la suppression de la CICE. La présidente a rappelé qu’en contre partie l’Etat leur avait promis une baisse de cotisations patronales d’autant, soit 6%. Lors d’un rendez-vous à l’Assemblée nationale en juin dernier avec plusieurs députés de la République en Marche, Sandrine Bachy avait démontré qu’une baisse de 6% des cotisations patronales ne comblait pas la suppression du CICE. « Celui-ci n’étant pas soumis à l’IS alors que, par contre, une baisse des cotisations patronales entre dans le calcul du résultat fiscal. Donc, au final les entreprises allaient devoir payer un IS plus important : du fait de la suppression du CICE » avait-elle expliqué. La présidente avait rappelé lors de son discours au Congrès que « la marge dégagée par les entreprises de transport est en moyenne de 1%. Avec la suppression du CICE, elle risquerait de devenir nulle. » Le calcul est simple et rapide.

Faisant référence à une citation du président Macron, Sandrine Bachy a lâché : « Chez nous transporteurs, non plus, il n’y pas d’argent magique ! Il faut arrêter de nous prendre pour des vaches à lait ».

Autre problème de taille : la pénurie impacte de plein fouet les petites structures. Beaucoup cet été ont du fermer l’entreprise une ou deux semaines, faute de conducteurs pour remplacer leurs « salariés roulants » partis en vacances. Avec 5 voire 10 camions, c’est toute la flotte qui est touchée. Les camions n’ont pas bougé du parking ! Le reste de l’année, elles subissent davantage le turn-over, les conducteurs changeant plus souvent d’entreprises. « L’herbe est toujours plus verte ailleurs » le rappelait Sandrine Bachy. Et c’est de plus en plus souvent qu’un salarié décide de changer en dernière minute, ce qui n’est pas sans poser de problèmes de gestion. Bref, difficile pour une petite structure de vivre sans main d’œuvre et donc sans camion sur les routes. Seule consolation, les conducteurs qui bougent et qui arrivent de grands groupes se sentent plus à l’aise dans les petites et moyennes entreprises familiales. Et du coup, de plus en plus restent.

Enfin, ayons une pensée pour les transporteurs de l’Outre-Mer. Comme l’a rappelé le congrès de l’UNOSTRA et comme nous vous en parlions dans un article, ils restent les « oubliés de la République ». Nous omettons que les routes de France ne s’arrêtent pas à la métropole. Et là encore, ce sont, pour la plupart, de petites entreprises, « un homme un camion », pour reprendre l’expression. Que ce soit en Martinique, Guadeloupe, Guyane ou à la Réunion, il est impossible d’appliquer la réglementation européenne des transports. Un seul exemple : comment un conducteur peut réaliser ses temps de repos sachant qu’il n’existe aucune aire dédiée aux poids lourds sur les îles ! Dans la plupart des cas, les routiers ne peuvent pas appliquer leurs temps de conduite roulant sur des petites distances et souvent bloqués dans des bouchons.

Même si nous avons l’impression de voir toujours les mêmes camions avec des noms de transporteurs qui reviennent sans cesse, pourtant ils ne sont pas la majorité. La majorité des camions qui sont issus de petites entreprises roule dans la plus grande discrétion et encore aujourd’hui avec passion, même si les difficultés sont nombreuses. Ne les oublions pas.

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