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Perquisitions : le patron de Chronotruck s’exprime, l’OTRE répond

Suite aux perquisitions menées par l’Autorité de la concurrence le jeudi 5 avril dernier à l’OTRE, dans une bourse de fret et un transporteur, la même OTRE affirmait dans un communiqué une semaine plus tard que Chronotruck était à l’origine de la plainte. Rodolphe Allard, fondateur et PDG de Chronotruck a accordé à TRM24 une interview exclusive dans laquelle il dément catégoriquement les affirmations de l’OTRE. Le responsable qui est aussi vice-président à TLF explique ce qu’il pense de cette bataille commerciale et affirme ne pas vouloir porter plainte, pour le moment, pour diffamation. Il est reproché à l’OTRE ses positions exprimées sur les plateformes d’intermédiation. Cette dernière persiste et signe sur l’origine de la plainte (voir sa réaction à la suite de l’interview).

Interview de Rodolphe Allard, fondateur et président de Chronotruck

TRM24 : Confirmez-vous que, comme l’OTRE l’affirme dans son communiqué du 12 avril dernier, votre société a déposé plainte auprès de l’Autorité de la concurrence ou du ministère de l’économie suite à l’appel au boycott des plateformes d’intermédiation et qui a donné lieu à des perquisitions ?

Rodolphe Allard : « Nous démentons formellement avoir saisi l’autorité de la concurrence ou avoir porté plainte auprès d’elle pour concurrence déloyale suite à l’appel au boycott contre les plateformes d’intermédiation. Nous sommes étonnés de l’hostilité de l’OTRE à notre encontre. Je rappelle que, dès le départ, nous avons été commissionnaire. Nous étions d’ailleurs les premiers dans le secteur du transport. Nous avons hâte que la procédure aille jusqu’au bout. Dans cette affaire, nous sommes les victimes. »

TRM24 : Chronotruck serait cité dans l’ordonnance de l’Autorité de la concurrence, que répondez-vous à cette affirmation ?

RA : « Nous en sommes là encore étonnés. Peut-être avons-nous été cités dans l’ordonnance qui reprend des extraits d’articles de presse. Mais je le réaffirme, Chronotruck n’est pas à l’origine de cette plainte. Pour l’instant, nous ne portons pas plainte pour diffamation même si notre nom est cité à maintes reprises en ce moment dans cette affaire. »

TRM24 : Que pensez-vous de cette affaire cette fois sur le fond, sur cette rivalité qui est réelle entre les plateformes et les bourses de fret et certaines fédérations ? :

RA : « Nous n’avons pas de problème avec les batailles commerciales. Ce que nous reprochons essentiellement ce sont les pressions exercées par des groupements de transporteurs sur certains transporteurs pour ne pas travailler avec nous. C’est déplorable. »

TRM24 : Pour vous, le statut de commissionnaire est au cœur de cette affaire ? :

RA : « Je milite comme le fait TLF sur le point de statut de commissionnaire. Les bourses de fret laissent les transporteurs négocier leurs prix entre eux, pas nous. Notre objectif reste de réduire le nombre d’intermédiaires et sous-traitants en cascade. Nous mettons directement les clients en contact.

TRM24 : A la question de l’OTRE dans son communiqué du 12 avril : « Quelles garanties du respect des règles applicables à la profession réglementée de transporteur routier ou de commissionnaire par lesdites plateformes ? », que répondez-vous ?

RA : « Nous sommes dans une société de droit français. Nous sommes agréés par la DREAL. Si nous n’étions pas en règle, cela se saurait rapidement. »

TRM24 : Et à la question de l’OTRE « Quelles sécurisations des données DATA collectées, notamment celles de géolocalisation ? », que répondez-vous ?

RA : « Les CGU de Chronotruck sont consultables et ne prévoient que des traitements proportionnels à leur finalité : les données sont utilisées pour trouver du fret aux transporteurs et assurer la bonne réalisation des missions, comme tous les ERP-TMS du marché. Elles sont utilisables directement pendant 36 mois puis archivées ensuite anonymement à des fins statistiques. »

TRM24 : Ne pensez-vous pas que cette affaire finira par un rapprochement des plateformes d’intermédiation avec les autres acteurs du transport ?

RA : « Je vais être sincère avec vous. J’aimerais travailler avec des bourses de fret comme tous les commissionnaires inscrits déjà chez elles. Bien que ce sont des métiers différents, une autre approche, nous avons tout à gagner en nous alliant, car nous avons des complémentarités certaines. Il sera toujours dans l’intérêt des transporteurs que les bourses de fret existent. »

Propos recueillis par Hervé Rébillon, TRM24

Réaction de l’OTRE

L’OTRE a fait savoir à TRM24 qu’elle « confirme les termes de son communiqué de presse du 12 avril dernier. La perquisition de ses locaux, a été autorisée par une ordonnance du 29 mars 2018, rendue par le Juge des Libertés et de la Détention du TGI de Paris. Dans son ordonnance, le magistrat indique expressément que cette procédure fait bien suite à « une requête de l’autorité de la concurrence en application de l’article L 462-5 I du code de commerce lors du dépôt de la saisine du ministère chargé de l’Économie en date du 9 août 2017 à la suite de la plainte de l’entreprise Chronotruck ».

L’OTRE s’étonne que « Chronotruck joue sur les mots … Si elle n’a pas saisi l’autorité de la concurrence, sa plainte auprès du ministère de l’Économie a bien eu pour conséquence les mesures de perquisition prises contre l’OTRE. »

Sans aucun doute, cette affaire est loin de se terminer d’autant que l’Autorité de la concurrence n’exclut pas d’ici septembre des suites à ces trois premières perquisitions.

Hervé Rébillon

rebillon@trm24.fr

 

 

 

 

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