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Rapport VUL : vers une formation obligatoire des conducteurs

Damien Pichereau, député de la Sarthe, (photo) remettra le 18 avril prochain à Elisabeth Borne, la ministre chargée des transports, le rapport sur l’exploitation des véhicules utilitaires légers. Le rapport qui préconise une trentaine de mesures propose de professionnaliser un parcours du métier de conducteur de vul en passant par une formation obligatoire, comme dans le poids lourds. Au niveau européen, le rapport invite à appliquer le paquet mobilité aussi aux vuls. Au total, 70 heures d’auditions en deux mois avec tous les acteurs du transport routier (syndicats, patronat, chargeurs, …). Nous avons rencontré l’auteur, le député Damien Pichereau, qui nous livre en avant-première les grandes lignes de son rapport.

Dans un premier temps, un véritable état des lieux sur le véhicule utilitaire léger a été dressé dans ce rapport bien que le député déplore le manque de chiffres du marché. « Au niveau interurbain, nous constatons une explosion des véhicules utilitaires légers non établis. Il n’y a qu’à aller se balader le week-end sur les parkings. Sur l’urbain, il y a une forte augmentation du e-commerce qui ne va pas s’arrêter et qui est amené à se développer. Derrière, il y a des questions de logistiques urbaines où aujourd’hui on répond uniquement avec des vuls. La politique de logistique urbaine est à revoir dans chaque collectivité. L’idée étant de remettre la logistique urbaine au cœur de la politique d’urbanisme des collectivités » a tenu à nous préciser Damien Pichereau.

Le calendrier du vote des mesures qui seront retenues. « Nous avons deux lois à venir qui fait que c’est le bon moment pour agir. Suite aux Assises, la loi d’organisation de la mobilité qui va arriver après l’été, probablement à la rentrée de septembre. Elle devrait intégrer une bonne partie des propositions. Et le Paquet mobilité pour toute la logique interurbaine où là aussi il faudra être très ferme mais je fais confiance au gouvernement. Certaines des propositions du rapport seront proposées par la France et nous espérons à un accord en juin prochain. Mais il y a 26 pays à convaincre » avertit le député.

Une volonté de professionnaliser le métier. « Nous n’oublions pas le problème de recrutement de conducteurs poids lourds. Il manque 30 000 conducteurs en France. Et face à ce fléau, il existe un vivier extraordinaire en vul. Il continue d’augmenter avec les anciens chauffeurs Uber/VTC qui arrivent dans le vul. L’accès est facile puisqu’aujourd’hui encore il suffit d’un permis B » nous a déclaré le député de la Sarthe. « Reste à savoir si on peut conduire en toute sécurité avec un permis B, au quotidien, avec la fatigue un véhicule de 3,5 tonnes voire plus quand il est surchargé ? Ce métier de conducteur vul pourrait être aussi une passerelle pour devenir conducteur de poids lourd. L’idée est de faciliter le recrutement pour les deux » a-t-il ajouté.

Formation obligatoire. « Nous préconisons une formation obligatoire au début puis une formation facultative par la suite qui permettrait d’accéder à la FIMO. Je pense que c’est nécessaire. Mais j’ai personnellement souhaité dans ce rapport que tout ce que nous proposons ne soit pas un frein et un désavantage pour nos transporteurs par rapport aux non établis et que nous protégions les comptes propres et les artisans. Le but est de recentrer sur notre problématique » a rappelé Damien Pichereau.

Concernant les conducteurs étrangers, pour le député, « il suffit simplement d’appliquer le paquet mobilité destiné aujourd’hui aux poids lourds aux vuls pour que ces derniers redeviennent à son point de compétitivité initiale, c’est à dire qu’il soit moins compétitif qu’un poids lourd » estime le député avant d’ajouter : « en France, il existe déjà une obligation d’être inscrit au registre des transports, ce qui n’est pas le cas sur le plan européen. J’ai demandé qu’il y ait les quatre règles appliquées déjà aux poids lourds pour les vul : les quatre critères d’accès au métier de transporteur (capacité professionnelle, l’honorabilité, capacité financière et établissement). La commission européenne proposait d’élargir à deux critères alors que la France demandait d’appliquer les quatre critères. »

Nécessiter de responsabiliser. « Il ne faut pas tout mettre sur le dos du conducteur de vul. Il y a aujourd’hui une nécessité de responsabiliser toute la chaîne logistique, que ce soit pour le problème des surcharges ou celui des temps de conduite » nous a déclaré le député avant de souligner : « les commissionnaires et les plate-formes doivent aussi être vertueux dans le choix des personnes qu’ils font travailler. C’est peut-être de regarder autre chose que le prix comme le RSE ou l’environnemental. »

Le poids lourd plus vert ? « Il y a enfin toute la problématique environnementale. Aujourd’hui, un poids lourd pollue 5,7 fois moins qu’un vul rapporté à la tonne transporté. Je préfère avoir un camion que 8 vuls sur la route. Et ça va dans le sens de la massification. Dans le cadre de la livraison urbaine, c’est pousser la rupture de charge le plus loin possible » conclut le député sarthois.

Propos recueillis par Hervé Rébillon

Rendez-vous le mercredi 18 avril sur TRM24.fr, nous vous dévoilerons dans le détail le rapport avec ses 30 mesures préconisées.

Quelques chiffres du rapport

Le parc des véhicules utilitaires légers est veillissant. La durée de vie d’un vul est de 18 ans. Avec un âge moyen de 9 ans et 7 mois, un quart du parc a plus de 15 ans. Chaque année, seul 5% du parc est renouvelé. Le marché repose de plus en plus sur les « gros » vuls. Les véhicules de 2,5 à 3,5 tonnes représentaient 25% du parc en 2001, un tiers en 2010 et aujourd’hui la moitié (43%).

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