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Episode 5. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Tout l’été, nous vous proposons de parcourir quelques kilomètres sur les traces de Jean-Louis Delarue, notre lignard du Moyen-Orient. Retour sur le parking surnommé le platane situé au delà de Zagreb, dans l’ex-Yougoslavie.

Effets Papillon

Sur ce parking, nous avons assisté, durant nos années de passages, à des scènes mémorables. Toutes les nationalités européennes étaient présentes. Je ne sais ce qu’il est devenu à ce jour, mais je conserve dans ma mémoire des souvenirs qui me font encore rire. Nous avions parmi nous, des conducteurs français au nombre de deux hommes qui étaient atteint de cette maladie que nous appelons le priapisme. Parmi ces deux conducteurs, l’un était un ami de la route, ils sont tous les deux décédés aujourd’hui, mais je ne donnerais pas leurs noms ou surnoms. Parfois, j’ai roulé avec mon ami, et il connaissait tous les parkings où officiait les femmes qui calmaient ses envies impératives. Je me garais sur le bord du parking et j’attendais qu’il finisse son affaire, puis nous reprenions la route, dans un sens ou dans l’autre.

Sur le parking du platane, officiait une femme que nous avions surnommé « Papillon », j’ai souvent pensé que le surnom était dû à une chanson de Lucky Blondo qui chantait « biche ma biche » le ver d’après était « lorsque tu souligne au crayon bleu tes jolis yeux, moi je m’imagine que ce sont des papillons bleus » Car cette femme soulignait ses yeux en bleu. Elle n’enlevait jamais le foulard qui lui nouait les cheveux. Pourquoi ? J’en ignore la raison. Parfois vers deux heures du matin, elle frappait à ma portière puis elle me disait en remontant ses jupes, « ficki, ficki ». D’autres femmes œuvraient sur ce parking mais elles sont rentrées dans le domaine de la mémoire.

Mais il y avait aussi sur ce parking des scènes qui étaient dû au conducteur, et là encore je tairais les noms ou surnoms. Mais nous avons vu lors d’une soirée, une engueulade dans la cabine d’un couple, madame avait lavé sa lingerie intime, et l’avait mise à sécher aux essuis glaces. Lorsque la bagarre se déclara dans la cabine, monsieur sortit de la cabine et descendit pour faire le tour de celle-ci, en cela poursuivi par son épouse. Il remonta de l’autre côté dans la cabine toujours poursuivi par son épouse, ils firent ainsi trois ou quatre fois le tour de la cabine sous les yeux ébahis des personnes présentes sur le parking. Nous étions tous écroulés de rires.

Tous les parkings Yougoslave avaient un nom, que parfois nous leur avions donné. Il y avait le parking carré, celui de l’avion, celui du steak tartare, le national, etc …

Au matin, les parkings se vidaient, et nous reprenions notre route, vers nos destinations finales. La route entre Zagreb et Belgrade était plate, c’était une route à deux voies qui supportaient toute la circulation routière de ce pays. Nous étions souvent obligés de prendre des risques pour essayer de respecter les temps de conduite, la ligne blanche était là pour marquer le milieu de la route, pas plus. Et si parfois, la Milicija nous arrêtait, c’était surtout pour nous prendre quelques monnaies. Les camions, en Yougoslavie, étaient limités à 60 kilomètres heures, et nous le comprenions car vu l’état du parc et la vétusté des véhicules nous savions que d’aller plus vite aurait été dangereux pour les conducteurs mais aussi pour les autres usagers de cette route.

Pourtant, nous avions des camions qui sont très loin de ce que les camions sont devenus aujourd’hui, pas de siège à suspension pneumatique, mais de vrai ressort réglable pour le poids, un chronotachygraphe où nous mettions sept disques, et dans certains encore plus anciens il y avait le « Menteur », carnet que nous remplissions souvent en avance. Nous avions parfois des disques que nous surnommions des 45 tours, ils étaient noirs car ils nous arrivaient de conduire 24 heures d’affilées.

Parfois nous nous arrêtions au National parking qui se trouvait une vingtaine de kilomètres avant Belgrade en direction de la Bulgarie. C’était une étape obligée sur le retour car souvent les employeurs nous donnaient les instructions pour les rechargements en cet hôtel.

Cette partie de route « Zagreb Belgrade » était dangereuse l’été, car elle supportait les départs en vacances, des Allemands à moustaches, qui partaient avec des voitures surchargées vers leur pays d’origine la Turquie. De plus, les conducteurs étaient souvent épuisés par leur voyage, car ils partaient aussitôt sortis de leur travail journalier. La monotonie du paysage accentuait un peu plus leur fatigue. Il n’était pas rare que nous soyons obligés de stationner des heures durant sur cette route, et parfois même de dormir lors des heures d’attentes, pour cause d’accident des kilomètres plus avant.

La traversée de Béograd était rendue facile du fait qu’une petite portion d’autoroute le permettait, mais aussitôt passée la ville, la route devenait encore plus difficile. La route n’avait plus de bitume, mais des plaques de béton qui étaient disjointes et nous roulions comme sur un escalier sautant les marches sur des dizaines de bornes. La route à partir de Belgrade vers Nis devenait très fatigante je dirais même exténuante. Nous étions obligés d’être toujours sur nos gardes, car c’était une route très sinueuse et la visibilité était presque nulle, lorsque nous suivions un camion yougoslave nous pouvions rester des kilomètres derrière sans pouvoir le doubler sans prendre de risque.

Jean-Louis Delarue

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