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Brexit : ce qui change pour le transport routier

L’accord post-Brexit entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni conclu de justesse la veille de Noël s’appliquera ce soir à minuit. Que va-t-il se passer pour le transport de marchandises principalement concerné ? En clair : c’est un retour des démarches douanières qui avaient été supprimées avec la création du marché unique européen en 1993. Les échanges commerciaux entre l’UE et le Royaume-Uni s’élèvent chaque année à 700 milliards d’euros environ.

A partir de ce soir minuit, les marchandises qui partiront du Royaume-Uni vers l’Union Européenne et de l’UE vers le Royaume-Uni devront être déclarées en douane, toutes sans exceptions. Une entreprise britannique qui exporte dans l’UE devra faire une déclaration d’exportation, tandis que celle achetant le produit devra de son côté faire une déclaration d’importation. Toutes les marchandises seront soumises à déclaration. Il faudra ajouter pour les produits alimentaires et les animaux vivants des déclarations sanitaires et phytosanitaires. Au total, 350 millions de déclarations de douanes devraient être traités au Royaume-Uni chaque année, contre 55 millions par an aujourd’hui.

L’accord sera mis en œuvre par Eurotunnel dès ce soir à minuit. Depuis le vote des Britanniques en 2016, le groupe a en effet travaillé avec les Etats européens pour permettre une traversée le plus rapide. Eurotunnel a ainsi investi 47 millions d’euros afin de moderniser et d’adapter ses infrastructures pour maintenir la fluidité du passage aux frontières et du trafic dans le Tunnel. Est proposé l’Eurotunnel Border Pass qui permet en particulier de faire circuler les informations nécessaires au passage des marchandises, des transporteurs à Eurotunnel puis d’Eurotunnel aux autorités des deux pays, de façon sécurisée et dématérialisée, sans que les conducteurs aient besoin de descendre de leur camion en passant la frontière, ni même de présenter de document en arrivant sur place.

Yann Leriche, directeur général de Getlink, a déclaré : « Eurotunnel et ses 2500 salariés ont à cœur d’offrir un service fiable et performant pour faciliter la vie de nos clients, ce qui est notre rôle de leader incontesté du transmanche. » Pour Jacques Gounon, président de Getlink, a déclaré : « Getlink, une entreprise authentiquement biculturelle est la plus à même de profiter de cet accord. Nous remercions tous les négociateurs dont on ne saluera jamais assez le sens des responsabilités. »

Du côté des compagnies de ferries, l’heure est à la prudence concernant l’accord. Elles ont été beaucoup impactées par la COVID. Jean-Marc Roué, président de la compagnie Brittany Ferries, a précisé à la presse que son groupe a signé un contrat avec le ministère des transports britanniques (DFT) qui devait lui acheter des capacités complémentaires pour la préparation du Brexit en cas de non-accord. Reste à savoir si ces besoins seront maintenus avec l’accord conclu. Jean-Marc Roué pense que oui, « car avec la difficulté d’acheminement des poids lourds vers l’Union européenne en raison des contrôles, ils vont sûrement essayer de maintenir le plus de points de passages possibles. Nous verrons dans les prochains jours ce que décide l’État britannique. Nous souhaitons maintenir notre position, voire augmenter nos fréquences. » Brittany Ferries a prévu de lancer deux nouveaux navires en 2021 pour renforcer les liaisons de fret entre les deux pays.

Mais l’accord conclu tardivement ne permettra pas une application entière du Bexit. En réalité, il s’agira d’une entrée en vigueur provisoire ce soir à minuit. Le Parlement européen n’aura pas ratifié l’accord. « Il poursuivra ses travaux au sein des commissions compétentes et en session plénière» avant une décision début 2021, a déclaré son président, David Sassoli. Le feu vert des eurodéputés est indispensable pour l’entrée en vigueur officielle de l’accord.

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