Camion autonome Tribunes

Camion autonome : beaucoup de bruit pour rien ?

Par Arnaud Bilek, dirigeant de Consoptima & ABMG Consulting, fondateur de Gaz’Up, Economiste Transport et développement durable

On ne compte plus le nombre de publications sur l’arrivée supposée imminente des camions autonomes pointant les conséquences négatives sur l’emploi de conducteur routier. Près de 4 millions d’emplois (sur un total de 6,4 millions de conducteurs en Europe) seraient menacés du fait de l’adoption rapide du camion autonome. Il est également question du défi social colossal que poserait le reclassement des personnes ayant perdu leur emploi suite à l’adoption de cette nouvelle technologie.

Dans un contexte de pénurie de conducteurs et de crise des vocations, il semble important de rétablir certaines réalités sans pour autant nier la réalité du changement. Tout d’abord, la vitesse d’adoption de la technologie dépend précisément de différents paramètres comme la qualification de la main d’œuvre, la vitesse de réorganisation des systèmes productifs, la mise en œuvre d’un cadre légal, juridique, assurantiel, etc., et enfin de la mise en place des infrastructures matérielles et immatérielles tant publiques que privées nécessaires à la diffusion large de ces nouveaux véhicules.

Pour le comprendre, il suffit de repenser à l’apparition de l’informatique et d’Internet qui ont mis plusieurs décennies à produire les gains de productivité tant annoncés. Dit autrement, cette évolution technologique sera très progressive et, surtout, elle profitera en premier lieu aux conducteurs : amélioration des conditions de travail, augmentation du niveau de qualification, gain de productivité, etc. En effet, il n’en va pas de même pour le transport de marchandise que pour les transports de passager. Du fait du nombre et de la technicité des tâches à réaliser en dehors du temps de conduite, la substitution entre l’humain et la machine n’est pas aussi élevée dans le transport de marchandises qu’elle ne l’est dans d’autres activités de transport.

Enfin, opposer innovation et emploi n’a pas plus de sens dans le secteur du TRM que dans le reste de l’économie. Et on ne peut que regretter qu’une fois de plus, sur une question aussi passionnante, il ne reste que la peur du futur pour faire changer les mentalités, alors même que ces innovations portent en elles la promesse d’un monde meilleur. Présenter une opportunité comme une menace serait-il le plus sûr moyen de faire réagir la profession au risque de décourager les vocations ? Le pari est risqué !

Une chose est sûre : couplé au choc démographique qui touche la profession, l’arrivée de véhicules toujours plus « autonomes » annonce assurément un nouvel “âge d’or” du métier marqué par la remise du conducteur au centre de la création de valeur. Et aujourd’hui, ce sont les conducteurs, davantage que les camions autonomes, qui ont déjà commencé à faire du bruit. Et les entreprises qui ne seront pas en mesure de relever ce défi aujourd’hui, ne vivront certainement pas l’arrivée du camion autonome.

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