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Elisabeth Borne a-t-elle menti ?

Deux ans après l’arrivée d’Elisabeth Borne au ministère des transports, les fédérations professionnelles du Transport routier déchantent. Elles exigent une rencontre avec le Premier ministre à Matignon pour être écoutées et entendues. A l’évidence, la hausse de 2 centimes d’euros de la TICPE sur le litre de gazole annoncée en juillet a mis le feu aux poudres. La publication des  comptes des transports en 2018 publiés la semaine dernière parlent d’eux-mêmes. Les recettes fiscales issues des transports ont augmenté (+ 2,3 milliards d’euros en plus issus de la TICPE). De surcroît, les recettes tirées de la route sont stables à hauteur de 6,8 milliards d’euros. La ministre aurait-elle menti ? Elle martèle pourtant depuis un an qu’il manque une recette supplémentaire de 500 millions d’euros pour financer les infrastructures en 2020.

Chaque année, la rentrée gouvernementale bruisse de rumeurs. L’acte II du quinquennat d’Emmanuel Macron n’échappe pas à la règle. Cette fois, les regards se tournent vers Elisabeth Borne, formée à l’école de Lionel Jospin, qui incarne à merveille depuis le 17 juillet, le catéchisme macronien : ministre des Transports et « en même temps » ministre de l’Ecologie. Celle qui ambitionne d’être « la ministre des résultats » est davantage ministre de l’Ecologie (en remplacement du démissionnaire François de Rugy) que ministre des transports. Résultat, l’arrivée d’un secrétaire d’Etat aux Transports pour la seconder serait acté par l’exécutif. Elle interviendrait dans le cadre d’un remaniement ministériel technique dans les jours à venir. Le haut- commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, devrait se voir confier un ministère spécifique pour conduire le projet à son terme. Sa nomination devrait s’accompagner, selon le Journal du Dimanche, de celle d’un secrétaire d’Etat aux transports. Le nom du député de la Haute-Vienne,  Jean-Baptiste Djebbari, considéré comme le « Monsieur Transport » au sein de la majorité gouvernementale, circule depuis le mois de juillet.

Recours à Matignon

Dans la mesure où Elisabeth Borne ne peut plus assumer les dossiers sensibles du TRM inscrits à l’agenda depuis qu’elle a été promue ministre de la Transition écologique et solidaire, les fédérations professionnelles se sont tournées vers Matignon pour solliciter un rendez-vous et obtenir des réponses concrètes. « Nous attendons toujours une réponse à notre courrier conjoint adressé au Premier ministre le 22 juillet, confirme Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR. Nous souhaitons le rencontrer. » La ministre des transports  se retrouve en quelque sorte démonétisée. Sur la loi d’orientation des mobilités (LOM), son texte qualifié d’ « énorme machin techno » par un sénateur revient en seconde lecture à l’Assemblée nationale dès le 2 septembre. La LOM a été retoqué en commission mixte paritaire en juillet par des parlementaires pour le moins dubitatifs.

Sur le relèvement de 2 centimes du seuil de remboursement de la TICPE sur le gazole professionnel (180 millions d’euros) annoncé le 9 juillet par Elisabeth Borne de manière unilatérale aux fédérations, force est de constater que la ministre n’a pas la main, elle perd souvent ses arbitrages à Bercy. Reste que la publication des comptes des transports de la Nation pour 2018 la semaine dernière sème le doute. Les recettes publiques tirées des transports ont augmenté : 2,3 milliards d’euros de plus sont tirés de la TICPE (carburants), bénéficiant largement à l’Etat qui capte 18,6 des 32,8 milliards prélevés. En outre,  les recettes fiscales tirées de la route sont stables à hauteur de 6,8 milliards (contre 0,4 pour le rail et 3,6 pour l’aérien). La recherche de recettes supplémentaires doublée d’un discours d’équité fiscale risque de mal passer. Peut-on croire la ministre des transports lorsqu’elle martèle depuis un an qu’il faut trouver une recette supplémentaire de 500 millions d’euros (vignette poids lourds ?) pour financer les infrastructures dès 2020 ? Enfin, sur la fiscalité sur le gazole non routier (GNR), le ministre des finances Bruno Le Maire a annoncé sur Europe 1 le 1er septembre que la fin de l’exonération sur le GNR serait étalée sur 3 ans dont 45 % à compter du 1er juillet 2020 avec une possibilité de répercussion de la hausse pour les contrats en cours avec les collectivités locales.

Au reste, le sens du compromis n’est pas le point fort de l’ex-directrice de cabinet de Ségolène Royal. Aux sommets de l’Etat, les avis sont partagés. « Borne est soutenue à l’Elysée, surtout par le secrétaire général Alexis Kolher, qui apprécie sa fiabilité, mais elle est flinguée à Matignon, où on la trouve trop à gauche, trop rigide. Benoît Ribadeau-Dumas, directeur de cabinet du Premier ministre ne cache pas son exaspération vis-à-vis de son équipe », confesse un député LRM cité par le Canard Enchaîné. Depuis l’été, le cabinet Borne a été en partie renouvelé. Un nouveau conseiller aux transports terrestres, Florian Weyer, a été nommé. Il travaillera sous la férule du directeur de cabinet adjoint, chargé des transports, Stéphane Daguin. Est-ce suffisant pour répondre aux enjeux du secteur ? Dans leur courrier conjoint adressé au Premier ministre, les présidents de la FNTR et de l’Union TFL, Jean-Christophe Pic et Eric Hémar, donne le la. « D’ores et déjà, nos entreprises nous demandent d’agir et il semble urgent d’établir un monde de concertation avec le gouvernement qui ne nous renvoie pas en permanence, comme un jeu de ping-pong, à des ministères différents mais qui mettent face à nous de vrais décisionnaires capables de prendre des décisions avec une vue globale sur l’ensemble de notre secteur et d’appréhender de manière cohérente les difficultés et le malaise que nos entreprises nous font remonter. » Elisabeth Borne a perdu la confiance de la profession parce qu’elle n’a pas le sens de la concertation.

One Response

  1. En 2017, elle avait déclaré vouloir mettre à contribution, les transporteurs étrangers!
    Non seulement, elle ne l’a pas fait, mais elle taxe les francais!
    On peut dire qu’elle a menti sur ce point!

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