Moyen-Orient

Episode 10. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Nous retrouvons Jean-Louis Delarue, notre lignard aux portes d’entrée du Moyen-Orient. Dans le précédent épisode, Double-Mètre nous contait l’un de ses nombreux souvenirs à son arrivée en Turquie. Et nous ne sommes qu’au début.

Premiers kilomètres au Moyen-Orient

Par chance, à la frontière, nous sommes passés dans l’après-midi, après avoir payé la taxe, quelques 2500 francs. Elle correspondait à trois paramètres : les kilomètres x par la valeur de la marchandise x par le poids de l’ensemble. Les carnets de passages avaient perdu, un demi volet, notre passeport avait un visa qui s’étalait sur deux pages, où il y avait tous les numéros tant à la fois des véhicules, que ceux des carnets de passages, que celui du carnet de TIR. Nous avions un autre papier, une fiche de police qui avait notre photo d’identité mais aussi un nombre de cases vides.

Nous avons dit au revoir à Maurice, il savait qu’il sortirait dans la fin de la journée, le transitaire le lui avait promis. Nous sommes descendus de notre parking, et nous nous sommes dirigés vars la porte de sortie. Bizarrement, nous n’avons pas été fouillés, ni la cabine ni la marchandise. A la grille de sortie nous avons présenté les passeports puis les carnets de TIR et notre fiche de police, le douanier, nous fit signe de partir.

Direction Edirne. 25 kilomètres plus loin, sur le coté droit de la route il y avait des petits garages, sur le coté gauche des échoppes où étaient vendus divers produits. La route était un peu dangereuse du fait du trafic frontalier, et les camions roulaient souvent plus vite que prévu par les lois. Nous avions coutume de dire que, lorsque nous arrivions au Moyen Orient, c’était quand nous rencontrions la première mosquée et que nous tournerions à droite. Nous ne pouvions savoir, que la réalité était que nous arrivions face à la mosquée noire et que nous tournerions devant à droite.

La route qui nous menait jusqu’à Silivri était facile sur ce premier tour, nous pouvions filer très rapidement, mais il n’en fut pas toujours de même. Je me souviens d’un voyage, où j’ai fait cette route par grand froid. La route était piégeuse avec des nappes de verglas, qui me surprenaient au détour d’un virage. Sur ce tour, j’étais parti de bonne heure du parking des transitaires de Kapikule, et je m’étais mis en relation avec le CB, avec un ami de Belgique, une Station Bravo Lima. J’entretenais avec ces stations des rapports très réguliers, surtout avec une, un jeune homme qui était atteint d’une très grave maladie. Et pendant des heures durant je lui racontais ma route. Donc ce jour là, j’étais en relation avec lui, et je lui donnais les informations de l’état de la route. J’ai eu une envie naturelle d’uriner, et j’ai oublié d’en informer mon correspondant. Ne m’entendant plus, il m’a appelé, puis il fut relayer par tous les cibistes qui écoutaient notre dialogue. Cet ami belge est décédé lors d’un de mes voyages, j’espère sincèrement qu’il a pris du plaisir en m’écoutant lui raconter les voyages que je faisais en sa compagnie.

La passion de la CB m’est venue par la faute d’un homme célèbre sur le Moyen Orient, le dénommé « Papa Charlie ». Il avait un tracteur Saviem SM 340 deux ponts, il tirait une semi surbaissée et ne faisait que des voyages en T.I.R ouvert. Car je crois qu’il roulait sur des documents d’un autre transporteur, n’ayant en réalité que l’ensemble à lui. Rouler avec lui était un plaisir vrai, de plus à cette époque il habitait du côté de Carpentras, pas très loin de chez moi. Grâce à lui, j’ai pu apprendre la CB n’en déplaise au radio amateur, qui disait à juste titre que nous empiétions sur leurs domaines. J’ai reçu de la part des stations Bravo Lima un diplôme de courtoisie, qu’ils décernaient aux stations les plus courtoises. La CB était interdite dans certains pays et il fallait faire très attention de ne pas se faire prendre à moduler lorsque nous croisions les forces de la loi dans ces pays.

Avec Cherby nous n’avions pas encore ce genre de problème. Il nous fallu un peu de temps pour rallier Silivri, je parle de cette cité car elle était sur un axe qui venait aussi d’une autre douane turc IPSALA. Car parfois nous passions par la Grèce pour venir en Turquie, les deux pays sont séparés par un cours d’eau, et la frontière est faite par un pont. D’un côté les grecs qui parfois étaient en tenues d’apparat, tutu blanc, collant blanc, sabots, un caraco couleur vive sur le torse, et un bonnet avec un pompon.

Du côté turc, rien de semblable, juste une tenue stricte, cette douane n’avait pas de parking et nous attendions sur le pont. Nous passions parfois plus rapidement car il y avait moins de trafic qu’à Kapikule. Puis l’ambiance y était plus sympathique. Je pense qu’il y avait aussi plus de kilomètres pour parvenir à cette douane, parfois sur le retour nous devions passer par cette douane pour aller charger en Grèce.

Nous rencontrions aussi des personnages sur ces routes. Le premier qui me vient à l’esprit est un cycliste qui devait sûrement habiter sur cette partie du littoral de la Méditerranée, car je l’ai rencontré plusieurs fois lui et son vélo avec son chien dans un panier sur l’avant du vélo. Nous savions qu’il était français grâce au drapeau qu’il avait accroché à l’arrière du vélo et c’était le drapeau de la Bretagne.

Une fois pris la route d’Istanbul, la circulation devenait infernale. Tout le long de cette route, il y avait des constructions sur le côté droit, des immeubles faces à la mer, la circulation devenait anarchique. Il n’y avait pas trop de contrôle policier, nous avions pour nous un premier contrôle sur un bout de parking, et nous rencontrions les premiers problèmes avec cette police de l’époque. Nous étions des vaches à lait en matière de bakchichs, soit nous roulions trop vite et une prune devenait obligatoire, à nous de discuter pour réduire cette amende. Ma plus belle amende que j’ai eue cumulait plusieurs infractions de la route : une interdiction de dépasser, le franchissement d’une ligne blanche et une interdiction de stationner sur un parking réservé au voitures.

Jean-Louis Delarue

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