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Episode 14. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Après un été de rediffusions, nous retrouvons notre lignard du Moyen-Orient, Jean-Louis Delarue plus connu sous le pseudo de Double Mètre. Nous poursuivons la route avec lui en Turquie qui n’est pas de tout repos tant pour les conducteurs que pour les machines.

Le difficile nord de la Turquie

Lors de ce premier voyage, nous avons rencontré des conditions climatiques, qui nous parurent extrêmes. Sur le passage du nord d’Ankara, nous avons rencontré une nappe de verglas car une borne d’eau avait explosé et l’eau qui jaillissait gelait presque instantanément. Nous n’avions pas encore enlevé nos chaines et nous avons pu passer sans problèmes majeurs.

A une vingtaine de kilomètres de la ville, il y avait un contrôle de police, mais en temps d’hiver, il n’y avait personne dans le baraquement. Les paysages étaient uniformément blancs, la route était dangereuse du fait que nombre de camions turcs roulait sans chaine, et nous avons la crainte de voir un camion partir en glissade et nous heurter en nous croisant. Nous n’avions pas quitté les chaines depuis le Bolu et de temps en temps nous nous arrêtions pour vérifier la tension, et voir aussi si elles n’avaient pas cassé. Nous avions dans nos outils des maillons rapides qui nous permettaient de réparer rapidement.

Quand je regarde aujourd’hui les camions modernes, avec tous les systèmes de sécurités, je suis persuadé que ces véhicules ne pourraient pas faire ce genre de route, car au moindre problème, il faut faire intervenir un spécialiste qui branche la valise pour savoir d’où vient le problème. Le modernisme a du bon en termes de sécurité mais n’en déplaise au concepteur toutes les routes ne sont pas idéalement conçues pour les véhicules de maintenant. De plus, une nouvelle génération de conducteurs est apparue, et bien souvent ils sont incapables ne serait-ce que de changer un feu de gabarit soit par manque de volonté, soit en se disant qu’il y avait des mécanos pour le faire.

Si nous avions pensé, avec cet état d’esprit, nous n’aurions pas pu durer sur ces lignes de grandes routes. Mais le modernisme est passé par là sans penser un seul instant, qu’il créait une nouvelle profession de conducteur. Ils sont connectés en permanence avec leurs employeurs, avec aussi le fabricant de camion, et bientôt avec la gendarmerie. Si ce n’est déjà fait. Triste constat, et j’entendais parfois ces routiers se plaindre de l’arrivée de routiers de l’est, qui restent parfois plus d’un mois à faire du cabotage au travers de l’Europe. Mais je suis persuadé que ce métier que font les routiers de l’est ressemble un peu à celui que nous faisions il y a quelques décennies.

Paradoxalement nous souffrions de ces routes, mais pour rien au monde la plupart d’entre nous n’auraient demandé de faire autre chose. Le manque de confort dans les cabines, le manque de rapport d’avec l’employeur, qui parfois malgré lui nous faisait confiance, les conditions physiques que nous imposaient ces routes étaient parfois à l’extrême de nos capacités d’endurances, mais nous étions intérieurement fiers de ce que nous faisions.

La route qui nous menait vers un autre lieu d’étape « Erzincan » avait des formations de nid de poules en rangs serrés et il nous fallait nous adapter. L’hiver, nous ne sentions pas trop les trous qui étaient comblés par la neige et le verglas mais aussitôt l’hiver passé, nous devions de nous nouveau tenir fermement le volant, car malgré les trous nous roulions assez rapidement. En hiver, une de mes craintes était le fait que la route était très bombée, et que nous étions souvent entrainés vers le bas, et il fallait faire très attention à la titine qui parfois nous entrainait vers ce bas de la route.

La route passait par des villes dont une que je me souviens pour deux raisons. J’étais à cette époque très solitaire, car parfois les rythmes de certains conducteurs faisaient, que je ne roulais pas comme j’aimais le faire. Certaines étapes que je faisais paraissaient longues pour certains, mais cela me permettait de faire certains détours et de découvrir des lieux que je désirais voir. Or, un jour, alors que je roulais vers l’Iran, un peu avant Sivas je fus doublé par un tracteur agricole qui avait derrière lui un charrette remplie de caillou. Nous étions dans une descente et je roulais à plus de 80 km/h. Le conducteur était hilare et surement très heureux de me doubler, puis il y a eu la montée, et je l’ai redoublé. Il m’a fait signe de la main, avec un grand sourire.

Un peu avant Sivas, il y avait un Mocamp, et lors d’un voyage je me suis arrêté sur ce parking TIR, et à ma surprise, il y avait un transporteur français que certains d’entre nous connaissaient. Il était en grande discussion avec un chauffeur. Sur la table, il y avait une mallette, et j’avais eu le temps de voir le contenu. Des liasses de billets bien rangées.

Ce transporteur avec deux de ces acolytes faisait le trafic de drogue entre l’Iran et la Hollande. Je ne donnerais pas leurs noms car ils ont été arrêtés et ont tous les trois sont passés par la case prison. Par la suite, après l’arrestation des transporteurs, nous avons eu quelques problèmes de fouilles dans les différentes frontières que nous passions.

Puis, après Sivas, nous sommes rentrés dans le vif du sujet, sur cette route qui nous menait vers l’Iran. En tout premier, l’hiver, nous étions la plupart du temps chainés, les roues motrices mais aussi souvent une roue avant gauche de préférence, ainsi que la remorque, pour ma part une remorque de marque DAF, le train avant directeur chainé complètement mais aussi un jumelage coté trottoir.

Nous pouvions ainsi équipés rouler assez rapidement, surtout que devant nous il y avait un col, le col d’Imranli. Il est vrai que nous lui avions donné un autre surnom, nous l’appelions le col du Magirus. La raison ? Le camion qui était tombé en panne en haut du col, qui était resté un certain temps sur le parking du TCK. Pour nous le plus dangereux n’était pas la montée, mais la descente, car elle était très raide, souvent des camions moins aguerris grillaient leurs freins dans cette descente, et allaient rendre visite à la statue d’Atatürk qui trônait dans un bassin en bas de cette descente.

Jean-Louis Delarue

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