Moyen-Orient

Episode 17. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Jean-Louis Delarue, notre routier lignard du Moyen-Orient, achève son escapade en Turquie et rentre en Iran. Double Mètre, son surnom, atteint enfin la frontière.

Premiers kilomètres en Iran

Une fois la descente vers Dogubayazite, nous attaquions une partie plane en direction de Gurbulak, non de la frontière côté turque, Bazargan coté iranie. Nous roulions dans une plaine et nous passions au pied du mont Ararat là où d’après l’ancien testament une arche contenant toutes les espèces du règne animal avait fini un voyage pendant le déluge. Juste à coté, il y avait une autre montagne que nous avions surnommé le Little Ararat.

Pour nous il nous était interdit de prendre au départ d’Erzurum une autre direction, « la route de Kars ». C’était une route dite militaire, en fait elle passait très près de l’Arménie, et c’était sûrement l’une des raisons de cet interdit.

Sur la partie de la route que nous devions prendre, nous avons rencontré un transporteur, digne d’être inscrit au Panthéon de la connerie. Il conduisait un J7 et quand il nous repéra sur un parking improvisé pendant l’hiver, il vint se garer près de nous. Et après nous avoir salué, il nous demanda si nous avions encore du gasoil dans nos réserves sur les réservoirs que nous avions sur les cotés du camion et de la remorque. Car Il gérait, d’après ce que nous avons compris, ses camions au nombre de quatre ou cinq car il ne devait pas avoir confiance dans les chauffeurs qui conduisaient les ensembles routiers. Nous avons répondu par la négative car nous avions assez de gasoil, pour aller jusqu’aux « chameaux », nom que nous avions donné à la station iranienne où nous faisions le plein. Nous lui avons signalé que, sur la route de Kars, il y avait des stations mais que nous n’avions normalement pas le droit de prendre cette route.

Les camions sont arrivés l’un derrière l’autre et se sont garés à nos côtés. Nous avons compris au regard que les conducteurs nous lançaient qu’ils en avaient un peu marre de cet employeur tellement méfiant. Il faut savoir qu’en Turquie nous ne pouvions, sauf cas exceptionnel, sortir du pays sans notre véhicule. Aucune douane nous aurait laissé sortir. Le transporteur est parti sur la route que nous lui avons indiquée, et les paroles des conducteurs, nous confirmèrent tout le bien qu’ils pensaient de leur patron. Il a du trouvé du gasoil car il est arrivé à Téhéran deux jours derrière nous.

Maintenant juste pour sourire un peu, nous faisions parfois la connaissance avec des touristes de l’extrême si je puis dire. Lors d’un voyage, que nous faisions en compagnie d’un transporteur qui s’appelait Murat et qui avait un tracteur TR 290 de couleur grenat, nous avons fait la connaissance d’un couple qui roulait à bord d’une Peugeot je ne me souviens pas du type, mais c’était un break. La voiture avait des grilles de protections sur les phares et sur le pare-brise, le conducteur et sa passagère était des professeurs qui œuvraient dans un lycée près d’Orléans. C’était l’été et nous avions le temps de discuter avec les rencontres françaises que nous faisions. Pour ma part, je tirais un convoi exceptionnel, une barge et j’allais à Abadan. Ville du sud de l’Iran. Le conducteur était professeur d’éducation physique et la femme était professeur de Français. Nous avons fait un bout de route ensemble, et à l’heure du repas de midi ils ont mangé avec nous. Pendant la conversation, Murat proposa à la femme de rouler dans son camion jusqu’à la frontière et elle accepta après avoir demandé l’avis de son ami ou mari.

Arrivée à Gurbulak, elle ne descendit pas de la cabine, puis nous sommes passés à Bazargan. Elle est descendue de la cabine pour faire tamponner son passeport, puis elle a été voir son compagnon. J’ai cru un instant que tout rentrait dans l’ordre, mais une fois que nous avions passé nos papiers, elle est repartie dans la cabine de Monsieur Murat.

Dans cette frontière j’ai fait la connaissance entre autres de deux personnes qui sont dans ma mémoire. L’une est toujours vivante et j’espère pour longtemps, il s’appelle Jean-Pierre Gallois, je l’ai rencontré du côté Gurbulak au petit déjeuner. Il est venu boire en ma compagnie et je sais qu’il se souvient toujours de cette première rencontre car il a eu le droit d’entendre une musique dans ma cabine. Il se souvient toujours des quatre saisons de Vivaldi. L’autre personne est une célébrité sur cette route de l’Iran, elle s’appelait « La Petite Marie ». Lors de son premier voyage vers l’Iran, elle a eu un problème majeur dans la descente de Bazargan, elle n’a pas vu dans la nuit un homme âgé traversé la route juste devant le camion. L’homme est décédé, et la petite Marie fit quelques semaines de prison à Tabriz. Cette femme, malgré cet accident, a continué une fois libérée de rouler avec nous, et surtout avec son ami de l’époque qui s’appelait Tagada. Je rends souvent hommage à cette femme, ainsi que son copain de l’époque qui lui est mort à Moscou. La petite Marie était devenue professeur dans un lycée technique de Rouen et enseignait le transport. Elle est décédée d’un cancer.

Nous avons fait d’autres rencontres tout le long de cette route de l’Iran, certaines cocasses, d’autres plus difficiles à gérer, mais souvent elles se soldaient par des solutions qui finissaient par contenter tout le monde.

L’on peut se demander, avec juste raison ce que nous mangions le long de nos routes. Tout d’abord, nous faisions les courses dans une grande surface en France, et nous avions un très bon copain qui s’appelait William Saurin. Et souvent, lorsque nous nous arrêtions nous faisions une cuisine, où chaque compagnon apportait sa cote part, soit de l’entrée soit du consistant, soit de la boisson, soit du dessert. Et avec ce que nous avions dans nos coffres, nous pouvions vivre pendant deux mois sans problèmes de nourriture, et pourtant nous avions aussi nos piques assiettes qui très souvent arrivaient les mains vides mais repartaient les ventres pleins. Le plus souvent, ils se nourrissaient avec des boites de crème Mont Blanc.

Pour revenir sur le camion du Sieur MURAT, je pense qu’elle prit la décision avant d’arriver à Makou. Cela nous posa quelques problèmes car nous étions deux ou trois en convoi et nous devions laisser les camions devant la bascule et aller faire établir des autorisations à l’office des transports de Tabriz. Elle nous accompagna dans nos démarches toujours avec son compagnon transporteur, et son ex compagnon était resté à Makou et gardait espoir. Une fois de retour, nous avions rencontré une demande de bakchich car nous étions trop long pour pouvoir peser nos camions d’un seul tenant. La demande étant trop élevée, nous avons passé deux jours devant la bascule, et il a bien fallu qu’ils nous laissent partir car, pour une fois, nous n’avions pas l’intention de céder.

Puis au matin, nous avons pris la direction de Téhéran pour certains et pour ma part vers Abadan.

Jean-Louis Delarue

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