Moyen-Orient

Episode 19. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

L’Iran reste sans aucun doute le pays où les lignards du Moyen-Orient ont mille et un souvenirs, souvent synonyme de problème. Jean-Louis Delarue ne vous dira pas le contraire. Nous le retrouvons dans ce nouvel épisode.

Rencontres surprenantes

L’Iran nous a accueilli avec le sourire, nous avons eu quelques surprises, mais en règle générale nous étions les bienvenus. De plus, la route entre Tabriz et Téhéran ne posait pas de problème de structure. C’était une route à deux voies, bien entretenue, mais, car il y a toujours de mais, nous avions des surprises, en ce qui concernait les camions, des Mack, des White et des Mercedes en grand nombre, souvent des deux ponts chaussés en pneu de 1400, ce qui en faisait des camions rapides.

Nous étions parfois dans l’obligation de nous serrer sur les bas cotés pour les laisser. Souvent ils nous doublaient et nous faisaient des signes d’amitiés, les conducteurs iraniens nous respectaient. Parfois, nous croisions des camions « Iran Carrier » conduit par des conducteurs Coréens, ce qu’ils faisaient en gants blancs. Ils nous saluaient en faisant le V de la victoire.

Sur cette route, nous faisions des rencontres surprenantes. En exemple, il y avait chaque cité de la route une contre allée, où passaient les troupeaux de moutons. Mais à la fin de l’été, les femmes balayaient les contres allées, et répandaient le raisin à même le sol. Le raisin séchait pendant plusieurs jours, puis partait vers les soufrières et parfois nous revenions avec 18 tonnes de ce raisin.

Une autre surprise, sur lesquels nous roulions dessus étaient les tapis de soie, qui étaient cloués sur le bitume, ce qui permettait de les vieillir et de les patiner afin de les vendre sûrement plus chers.

Il y avait aussi des rencontres. Et j’ai toujours en mémoire le duo de cyclistes qui avaient décidé de parcourir le monde au guidon de leurs engins qui avaient été créés pour eux par la marque Mercier. Les vélos étaient renforcés, car ils étaient lourdement chargés. Nous les avons aidés afin qu’ils puissent passer certains cols. Parfois, ils mangeaient avec nous, et ils se faisaient un point d’honneur de respecter leurs itinéraires qui étaient parallèles aux nôtres. La dernière fois où je les ai vus, fut l’objet de quelques photos sous l’arc de triomphe Iranien « Chayad » et il nous a fallu faire vite, car les policiers n’ont pas apprécié notre séance photographique. Nous les avons perdus de vue mais nous n’avons pas été sans nouvelles d’eux. Et malheureusement pour l’un, il a fallu le rapatrier en avion sanitaire, victime d’une violente crise de colique amibienne, après l’absorption d’eau du robinet en Inde. Le second a réussi à descendre jusqu’en bas de l’Inde, puis il est rentré en France par avion.

A Téhéran, nous étions logés par notre société, la villa était surnommée la Villa Stouff, et nous logions dans les chambres, parfois plusieurs. Je ne me souviens plus de l’époque, mais un chauffeur de la société Stouff avait eu un accident sérieux sur la route et il attendait dans cette villa son jugement. La rapidité n’étant pas l’apanage de la justice Iranienne, il attendait depuis plusieurs mois son procès, il était assigné à résidence à la villa. Il demandait souvent aux chauffeurs de le ramener en France, n’ayant pas de passeport « confisqué par les autorités iraniennes » le risque était important, il avait aussi joint Max Meynier sur RTL, celui-ci avait essayé d’intervenir, mais la justice Iranienne restait inflexible.

A force de le voir désespéré, et après quelques demandes de sa part, je pris la décision de le ramener en France. Pour cela, j’ai demandé au chauffeur de ne rien dire a personne, car son départ devait rester complètement ignoré de tous.

Pour aller de Téhéran à Bazargan, il me fallait une nuit, comme nos camions étaient un peu presque beaucoup débridés. Je savais que je serais en frontière au matin. Et que la disparition du chauffeur deviendrait effective dans la journée. Comme prévu, je suis arrivée à la frontière de Bazargan vers 8 heures locales, je me suis rendu au passeport, puis à la douane. Dans cette frontière, nous passions des contrôles iraniens à celui de Gurbulak dans le même bâtiment, une fois toutes les obligations douanières effectuées, j’ai regagné mon camion et je me suis mis dans la file des sortants d’Iran.

Le passage des frontières ne posa pas de problèmes, j’ai repris lentement la route et quelques centaines de mètres plus loin je me suis arrêté pour faire semblant d’uriner et pour laisser sortir mon passager clandestin de sa cachette. Il regagna la cabine et nous avons attaqué la route Turque.

Une fois en Turquie, le parcours fut plus simple, et je sentais mon compagnon devenir de plus en plus confiant dans la suite des évènements. Pourtant, je savais qu’il y avait encore quatre frontières à passer, pour arriver en Italie, où nous rentrions dans le monde européen. Une fois à Fernetti, la frontière italienne, il se libéra complètement, et redevint le routier, oubliant sûrement que la route de l’Iran lui était définitivement interdite. J’ai fini le voyage chez mon employeur qui était aussi celui de mon compagnon de voyage. Après une discussion avec monsieur Stouff, il est reparti vers son domicile, et j’attend depuis ce jour un simple remerciement de la part de cet homme, qui a sûrement oublié que les risques encourus par lui étaient les mêmes pour moi. Mais …

Jean-Louis Delarue

2 Responses

  1. Merci, un grand merci de partager et d etre la memoire de notre metier que beaucoup ne connaissent pas sous cet angle sauf les chauffeurs de l Est, encore merci a vous.

    amicalement
    jacky Clavreuil
    Vilnius- Lituanie

  2. Et oui jean louis que le temps passe il y a déjà 45ans de cela la vie a Téhéran
    La villa stouff etc moi j ai 66ans maintenant et depuis1991 je vie en russie ou j ai monte des sociétés de transports a bientôt et donner de vos nouvelles michel

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