Moyen-Orient

Episode 8. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Nouvelle escapade avec Jean-Louis Delarue, notre lignard du Moyen-Orient. Dans le précédent épisode, nous avons franchi la frontière bulgare qui n’est pas toujours de tout repos. Double-Mètre a encore plein de souvenirs à nous faire partager.

Plovdiv, la ville aux dames

Sur cette route Bulgare, nous n’avions pas de problème majeur, seulement l’hiver pour cause de verglas. Mais nous avions parfois de surprise qui nous laissait pantois. Une après-midi, je fus surpris de voir une voiture, avec un linceul sur la galerie, qui enveloppait un cadavre, et parfois le drap se soulevait sous l’effet du vent. Je garde en mois ce souvenir depuis des années, et souvent je revois le cadavre dans mes nuits sans sommeil.

Nous avions aussi une ville de prédilection dans ce pays, Plovdiv, presqu’au centre du pays. Elle nous a accueilli des années durant, et nombre d’entre nous entretenaient des liaisons avec les femmes de cette ville. Pour ma part étant célibataire, j’ai conservé des années durant une liaison avec une femme qui répondait au nom de Vania. Je l’avais rencontré lors d’une soirée avec d’autres conducteurs, qui eux-mêmes avaient une aventure avec une danseuse étoile de l’opéra de Plovdiv, un autre avec une professeur de français, qui était un peu en prison en Bulgarie, car son mari bulgare qui était footballeur. Il avait demandé l’asile dans le pays où il venait de jouer, et il n’était jamais retourné dans son pays d’origine. D’autres chauffeurs se sont mariés avec des rencontres, et je pense qu’ils sont encore heureux d’avoir rencontré leur épouse. Cette ville était donc un endroit de détente, et je reconnais que beaucoup tout comme moi ont bénéficié de l’accueil de cette gente féminine.

Pourtant après la détente nous reprenions notre route, en nous méfiant de la conduite des bulgares, qui souvent tout comme les russes, roulaient souvent sous l’emprise de l’alcool. Ce qui a valu sûrement à un chauffeur suisse de faire quelques années de prison pour un accident routier, qui avait fait cinq morts dans un taxi. Le camion suisse roulait vers son pays d’origine, et dans un virage vers la droite, il était donc bien à sa place. Pris de plein fouet le taxi qui lui roulait vers la Turquie, il coupait allègrement le virage, et le choc fut très violent. Résultat : cinq morts dans la ruine du taxi. Les autorités bulgares, n’ont pas voulu entendre les témoins qui eux avaient vu l’accident et donc accusaient le taxi de la faute. Ils ont obligé les témoins à aller oublier leurs témoignages ailleurs, et le chauffeur suisse devint le seul responsable. Son employeur Jean-Paul Frederici fit tout pour sortir son conducteur de la prison bulgare, mais rien n’y fit, il fut condamné à plusieurs années de prison par des autorités qui n’ont jamais voulu se déjuger.

Nous avons assisté à des scènes qui frisaient le burlesque. Exemple : en automne le ramassage des feuilles mortes, les préposés de la voirie faisaient des tas de feuilles puis les chargeaient dans le camion benne qui attendait. Une fois chargé, le chauffeur repartait en accélérant, ce qui avait pour effet de faire voler les feuilles mortes, qui comme le dit le poème, elles se ramassent à la pelle.

Du coté de Dimitrovgrad, il y avait une centrale qui me faisait froid dans le dos, car c’était une centrale atomique, et quand nous pouvions voir l’état de cette centrale nous avions quelques doutes quant à son futur.

De plus dans cette cité, les arbres étaient couverts de photographies, de personnes qui recevaient ainsi à la vue de tous, les félicitations de leurs employeurs. Une fois passé cette cité nous allions vers une frontière mythique Kapikule. Mais avant il nous fallait passer la frontière Bulgare.

Je vais faire un bond en avant, car le retour, quand nous passions cette frontière, il nous fallait nettoyer les roues de notre ensemble, et nous passions dans un bac plein d’eau très sale, censée nous désinfecté. Mais les régimes communistes sont tous gérés par des protocoles écrits par des autorités qui ne sortaient pas de leurs bureaux.

L’asservissement de l’homme par l’homme, a toujours été une préoccupation des dirigeants des pays communistes. J’en ai eu souvent les preuves dans les pays que nous traversions ou livrions. Exemple : l’Albanie où le jean n’était pas toléré, ou les cheveux trop longs étaient prohibés, j’en passe et surement des meilleurs. Aujourd’hui, l’Albanie reste un pays fermé malgré certaines évolutions qui peuvent avoir été mis en place, grâce à certains trafics.

Une fois à la frontière bulgare, nous recommencions le parcours des baraquements, d’abord le passeport, et si nous avions mis trop de temps pour passer le pays de nouveau il nous fallait payer la taxe de séjour. De nouveau la lecture de la liste noire, on ne sait jamais des fois que nous aurions fait un acte répréhensible, puis le passage au carnet de T.I.R , ou un volet était enlevé. Puis tamponner l’autorisation de transit, une nous suffisait pour le passage, puis nous nous mettions dans la queue de camions qui attendaient pour entrer dans la douane turque. Nous attendions parfois plusieurs heures, la queue débordait souvent plus loin que la frontière Bulgare, mais nous étions habitués de ces attentes.

Jean-Louis Delarue

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