Tribunes

Et pourquoi ne renverserions-nous pas la table, messieurs les patrons ?

Par Thierry Douine, président FGT CFTC

Dans les négociations collectives des transports routiers de marchandises, l’urgence est de proposer un autre concept stratégique que ce qui prévaut actuellement, dans les échanges avec les « patrons » du transport. Si retourner la table vous semble brutal, c’est bien l’unique moyen, pour que nous puissions pérenniser notre branche du transport routier.

Une telle tension sur l’emploi n’ayant jamais été égalée, par des entreprises qui ne recherchent pas moins que 17 000 salariés dans les marchandises, 9 000 dans le voyageur et 2 000 dans le sanitaire. Le patronat devrait se consumer d’impatience de se mettre autour de la table, afin que les jeunes arrêtent de se détourner de nos métiers à forte pénibilité, sans perspectives économiques ni avenir social, que ce soit pour eux ou pour leur famille.

Pour cela, les parties employeurs et leurs mandants, doivent cesser de snober et de négliger les salariés en manifestant leur mépris, maintenant en survie une convention collective au rabais. Ils doivent inverser le paradigme et changer leur doctrine : « Si conflit on cédera, sinon proposons le minimum, c’est déjà faire des cadeaux aux salariés ». Telle est cette réalité avérée si abominable soit-elle, dans le processus de négociations collectives et ce depuis tant et tant d’années.

C’est à cause de cet écœurant constat, que la Fédération Générale des Transports CFTC a décidé, lors de la dernière négociation annuelle sur les salaires, de décliner ces appâts, véritables miettes d’augmentation de 1,5% pour le TRM.

Pourquoi ? Parce que nous refusons de donner les « clefs du camion » aux organisations professionnelles, dans une complicité active, en signant un accord misérabiliste pour les salariés du transport routier, alors que ces entreprises retrouvent depuis déjà quelques mois des marges économiques.

S’il s’avérait qu’ils souhaitent que nous revenions sur cette décision et que nous sauvions la convention collective des transports routiers, alors nous leur proposerions d’entamer rapidement de réelles négociations et non pas de faire montre de réunionites creuses, cet accord pourrait avoir des échéances pluriannuelles (3 ans) et comprendrait :

  • Des classifications modernes et concordantes aux métiers actuels, avec en face d’authentiques grilles de salaires, constituées autrement qu’une tentative assez médiocre de cosmétique social…
  • Une protection sociale et une qualité de vie au travail qui s’inscriraient dans un élargissement au service de la défense des salariés en faveur de leur santé, au lieu de se satisfaire d’accords qui ne concernent que la réparation.
  • Un accord sur la gestion des fins de carrière, en relation avec les métiers à la pénibilité avérée.

Frappons un grand coup et même si cela doit avoir un coût (entre 10 et 12%), la Fédération Générale CFTC des Transports veut stopper le manège du marchandage d’accords, au détriment des salariés du transport. Le devoir, notre devoir à TOUS, est de diminuer drastiquement la tension sur l’emploi, pour permettre aux entreprises de se développer et de formellement changer l’image de cette profession, tout en ramenant de l’attractivité.

 

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