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EXCLU TRM24 : Interview de Thomas HILSE, pdt d’IVECO Monde

Je m’attends à ce que les volumes reviennent aux niveaux de 2019

A la tête d’Iveco monde depuis novembre 2019, ayant pris ses fonctions en plein lancement de la nouvelle gamme S-Way, Thomas Hilse connait bien l’univers du véhicule industriel. Avec une expérience de 22 ans dans l’industrie des camions, des bus et des utilitaires dans divers postes de direction internationaux, il a mené l’essentiel de sa carrière chez Mercedes-Benz et Daimler. La mission de succéder à Pierre Lahutte n’était pas de tout repos. Le patron d’Iveco monde a accordé une interview à TRM24. Il revient sur cette période de pandémie qui a obligé les constructeurs à se réorganiser et aborde la transition énergétique et la manière dont Iveco va pouvoir atteindre les objectifs CO2 pour les poids lourds fixés par Bruxelles.

TRM24 : Comment Iveco vit la période COVID-19 ?

Thomas HILSE :

« Depuis le tout début, notre priorité a été la sécurité de nos employés, de nos concessionnaires et de nos clients. En tant que constructeur de camions, nous avons été conscients du rôle clé du transport dans le maintien de la chaîne d’approvisionnement et, de ce fait, nous ne pouvions donc pas nous arrêter. Nous avons donc tout fait pour rester très proches de nos clients afin de les aider à maintenir leur flotte en marche. Nos ateliers sont restés à leur disposition tout le long, et nous avons veillé à la disponibilité du stock de pièces pour accompagner nos concessionnaires. En mars, nous avons temporairement fermé nos sites de production en Italie et en Espagne pour protéger nos employés. Nous avons travaillé avec nos fournisseurs pour assurer la fourniture des pièces nécessaires à la montée en puissance de la production une fois que les usines ont repris leurs activités en mai. Chez IVECO, nous ne nous sommes jamais arrêtés, tout comme nos clients. Nous avons mis à jour notre réseau de service avec des stations de camions ouvertes 24/7. Nous traversons actuellement une deuxième vague de Covid-19. Nous avons appris lors de la première vague comment gérer la situation et maintenant nous fonctionnons presque sans interruption. »

TRM24 : Les transporteurs disposent-ils de fonds financiers suffisants pour acheter des camions en cette période de crise sanitaire et économique ?

Thomas HILSE :

« Les entreprises de transport routier de marchandises et les fabricants de camions ont été massivement touchés par la crise du Covid-19. En outre, au cours des 4 dernières années, il y a eu un renouvellement et une expansion considérables de la flotte, ce qui a renforcé la capacité de fret qui a maintenant rattrapé la demande de transport. Cependant, je pense que les entreprises de transport vont recommencer à investir dans leurs flottes et que l’industrie se rétablira plus vite que ce que beaucoup de gens pensent. De bons programmes gouvernementaux sont en cours d’élaboration pour soutenir la reprise, avec des programmes de renouvellement de la flotte de véhicules lourds pour inciter les transporteurs à investir, et les perspectives générales de nos clients sont principalement positives. Ces programmes soutiendront la reprise de la demande de véhicules industriels et la transition énergétique (remplacer l’ancien Euro III / IV / V par Euro VI; subventions sur les véhicules à tractions alternatives). Des programmes de ce type sont déjà en place, par exemple en Allemagne : avec la prolongation de l’exemption MAUT pour les camions GNC / GNL supérieurs à 7,5t jusqu’au 31 décembre 2023. L’IVECO S-WAY NP fonctionnant au gaz naturel continuera à voyager sans frais en Allemagne pendant encore trois ans. L’Italie propose un fonds d’investissement 2020-2021 d’un budget total de 122,25 millions d’euros. Il est opérationnel depuis octobre 2020 avec des incitations au renouvellement de la flotte en faveur des véhicules industriels entièrement alimentés au gaz naturel (légers, moyens et lourds).

TRM24 : Quel bilan tirez-vous de 2020 et comment voyez-vous 2021 après cette période très exceptionnelle ?

 

Thomas HILSE :

« En 2020, l’industrie des véhicules utilitaires légers a fait preuve d’une forte résilience, avec une tendance à la reprise après la baisse du second trimestre principalement tirée par une forte croissance des activités camping-cars et e-commerce. Le commerce électronique et la livraison ont accentué la croissance des véhicules roues simples et à traction avant. Le marché français se démarque très bien avec une commande significative de 129 Daily NP avec une caisse réfrigérée conçue pour effectuer des e-livraisons de produits frais et surgelés. Nous constatons par ailleurs un scénario concurrentiel en évolution avec un fort accent sur la promotion pour attraper le rebond du marché. L’activité de location courte durée est en croissance, tirée par le faible appétit des clients pour les investissements et les contraintes de financement. Le segment des camions moyens et lourds a reculé de 35%, mais IVECO, au contraire, a très bien performé. Nous avons gagné des parts de marché par rapport à l’année dernière grâce aux bonnes performances du nouvel IVECO S-WAY, notamment sur les grands marchés comme l’Italie et l’Espagne. Nous notons un retour au canal de vente grâce à l’excellente acceptation du S-Way. Les véhicules Natural Power d’IVECO se sont très bien démarqués en Allemagne, en Pologne et sur les marchés nordiques, grâce principalement à des mesures gouvernementales fortes telles que l’exemption de péage autoroutier allemand. En France, où nous avons une longue histoire avec les véhicules au gaz naturel, nous avons enregistré notre meilleure année, car nous avons collecté 10% de commandes S-Way NP en plus qu’en 2019. Nous avons soutenu le redémarrage de l’activité de nos concessionnaires et clients avec des promotions et des solutions de financement sur mesure. A titre d’exemple, en France, en partenariat avec Engie, nous avons pu offrir un an de gaz naturel gratuitement à tous les clients nouveaux faisant l’acquisition de S-WAY NP.

Nous abordons donc maintenant 2021 en position de force avec un très bon carnet de commandes. En 2021, je m’attends à ce que les volumes de l’industrie des VUL reviennent aux niveaux de 2019 (+ 10% par rapport à 2020). Les volumes de camping-cars devraient continuer d’augmenter en 2021 après une croissance soutenue de 15% au cours des deux dernières années (principalement des camping-cars). L’industrie de la construction pourrait reprendre son élan grâce aux incitations à la relance du gouvernement. L’épicerie en ligne et la livraison de colis à domicile connaîtront une croissance continue. Nous constatons aussi une importance croissante accordée par les clients à la Connectivité et à son offre de services. En 2021, nous prévoyons que notre gamme lourde continuera à bien fonctionner grâce à l’introduction de la gamme complète IVECO WAY (avec le lancement des porteurs X-WAY et T-WAY). Nous prévoyons de tirer le meilleur parti de la tendance positive du marché des porteurs en investissant dans la spécialisation de notre force de vente, en soutenant l’activité des carrossiers et en nous réorganisant en interne afin de soutenir ce canal de vente dédié. Nous continuerons à soutenir notre réseau de concessionnaires dans la difficile période de redémarrage post-Covid 19 avec des solutions sur mesure pour les aider à gérer l’incertitude (campagne Flex WAY, Maintenance flexible, report du tarif mensuel M&R). Nous prévoyons d’exploiter le potentiel de croissance du marché Natural Power et de consolider le leadership d’IVECO dans le gaz naturel grâce à notre solution prête à l’emploi pour la décarbonisation et la réduction des émissions de CO2 : l’IVECO S-WAY NP propulsé par Bio-GNL et Bio-GNC est idéal pour la Longue distance, la distribution régionale et urbaine et les services municipaux. La réglementation sur les émissions (Euro6d Final / EuroVI-E qui entrera en vigueur en janvier 2022) met les constructeurs au défi en raison du niveau élevé des investissements impliqués. Cependant, l’introduction du MY2021 représente une opportunité, car nous faisons un pas de plus vers notre objectif d’efficacité énergétique pour les véhicules diesel. Il offrira une meilleure solution à nos clients finaux en termes de consommation de carburant, de coût total d’exploitation et de connectivité grâce à de nouveaux services numériques sur mesure.

TRM24 : Tous les constructeurs devront appliquer de nouvelles normes (pour les camions) en 2025 avec une réduction de 15% des émissions de CO2, comment IVECO s’y prépare-t-il technologiquement et financièrement ?

Thomas HILSE :

« Conformément aux objectifs du Green Deal de l’UE et à une législation plus stricte sur les émissions, une vision claire, spécifique et à long terme de l’avenir de la mobilité et des transports est nécessaire. Les futurs objectifs européens de réduction des émissions de CO2 pour 2025 fixent des seuils significatifs de l’ordre de -10% pour les poids lourds entièrement électriques, et l’objectif encore plus strict de 2030 exigera que ce seuil augmente jusqu’à 20% et plus, afin d’atteindre le zéro émissions dans les transports d’ici 2050. Dans ce contexte, les transporteurs auront besoin de camions à faibles émissions dès 2025 et la demande augmentera progressivement à moyen et long terme. Environ 50% des camions en Europe sont des tracteurs semi-remorques pour les missions longue distance, ce qui représente 65% des émissions des poids lourds en raison de leur profil d’utilisation. La voie du zéro émission dans le transport routier commence avec le gaz naturel : c’est une réalité aujourd’hui, et IVECO montre la voie avec ses camions IVECO S-WAY NP. De plus, le réseau de distribution couvre déjà les principaux corridors de transport et se développe rapidement. La France est l’un des pays de l’UE où le réseau de stations de ravitaillement en GNC et GNL est déjà bien développé et continue de croître avec près d’une station ouverte chaque semaine. Le gaz naturel est aujourd’hui la principale source d’hydrogène, représentant 48% de la production totale. Le GNL est l’accélérateur de l’hydrogène; à mesure que la part du biométhane dans l’approvisionnement en méthane augmente, la part de l’énergie verte et du captage du carbone augmentera également. Le bio-GNL et le bio-GNC sont des énergies 100% renouvelables qui permettent une approche circulaire vertueuse avec captage, stockage et utilisation du carbone.

TRM24 : Stratégiquement, comment IVECO se positionne-t-il sur les 2 offres : gaz et électrique ?

Thomas HILSE :

« Chez IVECO, nous avons la conviction que pour atteindre l’objectif zéro émission, il y aura un mix de technologies : nous devons partir des missions des clients, et aborder chacun d’entre eux avec la meilleure technologie disponible. Aujourd’hui, nous proposons déjà à nos clients un vaste choix combinant les meilleures technologies actuellement disponibles : électrique et GNC pour les missions urbaines et régionales, et GNL pour le transport longue distance. Dans le même temps, nous investissons dans de nouvelles technologies pour fournir à nos clients la solution la plus adaptée sur la plan financier et écologique, et cela en fonction de  la mission. Pour les missions régionales et longue distance, l’objectif sera atteint avec les technologies BEV et FCEV. Cependant, leur adoption généralisée est fonction de l’infrastructure, ce qui prendra du temps. Nous ne pouvons pas attendre, et nous avons aujourd’hui le GNC et le GNL comme seules alternatives à faibles émissions immédiatement disponibles au diesel dans le segment lourd, et comme facteur d’accélération qui nous mènera d’abord au Bio-GNL et au Bio-GNC, puis à l’hydrogène. C’est déjà une réalité : l’IVECO S-WAY NP, le véhicule qui rend le GNL viable pour la longue distance, est déjà sur les routes. Ces dernières années, nous avons assisté à une expansion rapide de l’utilisation du gaz naturel dans les transports, et IVECO y a joué un rôle actif. Le GNL et le GNC sont le catalyseur du Bio-GNL et du Bio-GNC, un carburant écologique qui peut être produit à partir de déchets urbains et agricoles. Et les camions IVECO qui sont déjà sur les routes utilisent ces carburants. Rien qu’en France, nous avons la plus grande flotte de véhicules Bio-GNC d’Europe avec Carrefour. Cette flotte atteindra bientôt 500 unités et sera majoritairement composée d’IVECO NP. Le bio-GNC et le bio-GNL sont de plus en plus disponibles, les entreprises énergétiques se concentrant de plus en plus sur ce carburant. Le nombre d’usines de biométhane en Europe est passé de 187 en 2011 à 729 aujourd’hui et cette tendance s’accélère. Avec 199 usines de biométhane en service, dont 76 nouvelles en 2020, la France se positionne au second rang,  juste derrière l’Allemagne, et connaît actuellement la croissance la plus rapide d’Europe.

TRM24 : Expliquez-nous en quoi consiste le récent accord avec FPT Industrial et Snam ?

Thomas HILSE :

« Nous avons signé un protocole d’accord de coopération technologique et commerciale pour contribuer à la décarbonisation du secteur des transports en Italie et à l’international, en développant la bio-mobilité (biogaz et gaz naturel) et l’hydrogène. Cette collaboration sera active tout au long de la chaîne d’approvisionnement, des moteurs et véhicules produits jusqu’à l’infrastructure de distribution et aux services. Ce protocole permettra d’offrir des modèles innovants visant à offrir des solutions clés en main pour les véhicules industriels légers et lourds, ainsi que pour les bus. L’objectif est de développer une mobilité durable intégrée et de promouvoir une utilisation plus poussée des véhicules à tractions alternatives, avec une stratégie commune de développement collaboratif des véhicules et du réseau de distribution. Nous nous concentrerons également sur la compilation d’études destinées à planifier et expérimenter des solutions, technologies et infrastructures de ravitaillement innovantes pour les flottes et les clients professionnels. Nous prévoyons également de collaborer sur des projets de mobilité durable dans le domaine des transports publics locaux et des services publics.

TRM24 : La COVID-19 a accéléré la digitalisation dans les entreprises de transport, pensez-vous qu’IVECO développera plus d’offres digitales et connectées dans les camions ?

Thomas HILSE :

« IVECO a déjà investi massivement depuis des années pour répondre aux principales tendances du secteur en matière de numérisation et de servitisation afin d’améliorer la vie à bord, la productivité et le TCO de nos clients. Le dernier exemple est l’IVECO S-WAY, 100% connecté, que nous avons lancé l’année dernière. Il est l’aboutissement d’un processus de développement entamé avec le Stralis, qui introduisait déjà des services rendus possibles par la numérisation. Il s’agit de services étroitement adaptés à chaque client, comme le service de Professional Fuel Advising, qui utilise les données en temps réel fournies par la Connectivity Box du véhicule. Il fournit une analyse détaillée de sa consommation de carburant. Il suggère également comment améliorer l’économie de carburant en se basant sur des comparaisons avec des estimations de consommation idéale par mission. Avec ce service, nos clients peuvent réaliser des économies de coûts significatives, et réduire leurs émissions car ils utilisent moins de carburant. Nous élargissons constamment notre offre et nos clients ont aujourd’hui accès à un monde de services intégrés et de solutions de transport développées pour les aider à gérer efficacement leur flotte et leur activité, et à devenir plus compétitifs, rentables et durables. En novembre, nous avons lancé IVECO ON qui rassemble toutes ces solutions pour faciliter la navigation dans notre vaste portefeuille de fonctionnalités et de services numériques. Les services connectés IVECO ON marquent une double percée dans le service client. Premièrement, ils transforment le véhicule en une plateforme qui communique et reçoit des données en temps réel. Deuxièmement, ils font d’IVECO un véritable consultant auprès du client et du chauffeur. Et peu de temps après le lancement d’IVECO ON, nous avons déjà ajouté un nouveau service numérique : la suite unique de fonctionnalités Safe Driving. Ce service est conçu pour aider les conducteurs à acquérir un style de conduite plus sûr et les gestionnaires de flotte à favoriser une culture de conduite sécuritaire dans leur flotte.

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