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FOCUS TRM24 : cette congestion dans les ports qui inquiète le transport routier

Deux à quatre jours d’attente pour décharger. La situation ne s’arrange pas dans les ports européens pour les navires porte-conteneurs, ce qui n’est pas sans inquiéter la filière transport et logistique, en bout de chaîne. Des problèmes de congestions avaient déjà provoqué en 2021 des tensions. Les transporteurs doivent se réorganiser subissant en même temps une répercussion sur leurs coûts. Ils craignent que le conflit en Ukraine vienne amplifier les conséquences sur le trafic mondial de conteneurs.

« La problématique dans les ports n’est pas nouvelle. Mais elle a tendance à s’accentuer. La situation dans le port du Havre est très compliquée par rapport à Marseille. Les ports français en général sont les premières victimes de la désorganisation du trafic mondial » nous a confié TLF. « L’accumulation des blank-sailings (annulations d’escales) a automatiquement une répercussion sur la gestion des camions qui transportent des conteneurs. S’ajoute une saturation de conteneurs vides qui ne repartent pas. »

C’est vrai que nous pouvons parler de désorganisation mondiale. Certains navires attendent jusqu’à 4 jours à Anvers, pire, jusqu’à 45 jours à Long Beach, en Californie. Dans les ports français, fort heureusement, les temps d’attente ne dépassent pas les deux à trois jours. Mais cela suffit à rallonger les temps d’attente des camions. « Les conséquences de la saturation récentes des terminaux a provoqué des temps d’attente très longs pour les chauffeurs jusqu’à 6 heures au Havre contre une heure normalement » nous a indiqué Caroline Rougon qui dirige TSLT, une entreprise basée à Rouen, réalisant jusqu’à 2,5 tractions par jour au port du Havre en temps normal. 5 conducteurs sont dédiés au dernier kilomètre en traction portuaire. « Nous sommes obligés d’intégrer ces temps rallongés dans nos tarifs. Mais faire payer ces temps ne nous permet pas d’optimiser notre carnet de commandes. Il faut aussi mettre en avant le manque d’hygiène de vie. Un conducteur en attente ne bouge pas, ne mange pas. Sans oublier le stress que la situation entraîne avec un souci accidentogène. Il nous arrive de mettre en repos un conducteur saturé. »

Une situation qui se répète

Pour celle qui est aussi la Co-présidente TLF Normandie, malheureusement, la situation n’est pas nouvelle : « nous avons déjà subi les grèves de dockers avant le premier confinement. Avec des terminaux fermés un jour sur deux et un début de congestion. La pandémie a permis d’évacuer pas mal de conteneurs. Ensuite, vers la fin 2020, nous avons rencontré la problématique de conteneurs vides. On ne pouvait pas en récupérer car ils repartaient aussi vite qu’ils étaient arrivés en Chine. Ce qui a entraîné une désorganisation car le client se retrouve sans conteneurs. » « Ce sont des problématiques d’exploitation importantes. Mais le phénomène n’est pas nouveau. Des commandes ne sont pas assurées par défaut d’équipement ou en raison d’annulations au dernier moment. Sans oublier les nombreux retards d’arrivée de navires difficilement gérables. Le transport routier est soit le premier maillon soit le dernier. Il est impossible de maîtriser le temps pour chaque conteneur quand nous arrivons sur un terminal ou un dépôt privé qui reste une zone non respectueuse de la règlementation sociale et du contrat de transport. »

A l’instar des Etats-Unis qui ont décidé de désengorger leurs ports, les fédérations du transport routier souhaiteraient que le gouvernement mettent en place des mesures. TLF, la FNTR et l’OTRE ont écrit en novembre dernier à plusieurs instances (ports, DREAL , préfets, …) des régions concernées (Rouen, Le Havre) afin de les informer de la situation devenue critique dans cette « désorganisation totale des flux logistiques mondiaux » ; cette dernière « entrainant notamment : une désorganisation des plans de transports, des surcoûts multiples d’exploitation, une gestion des retours à vide ainsi que des heures d’attentes non payées sur les zones portuaires. »

Un effet de saturation

« Le but était de rappeler les défis que nous avons à surmonter. Il ne faut pas oublier que nous sommes confrontés aussi à des pénuries sociales comme le manque de conducteurs » a souligné Jean-Yves Astouin, président de la FNTR PACA, co-signataire. « Un effet de saturation est constaté sur les terminaux car il y a il n’y a pas de taux réguliers. Les navires sont soit annulés soit reportés sur les ports de Gênes ou de Barcelone » nous a précisé le dirigeant de Provence Astouin qui envoie 15 camions par jour au port de Fos. « Nous subissons aussi un manque de places depuis une dizaine de mois pour certaines marchandises importées. C’est le cas pour des matières premières, il faut de la place suffisante. Nous rencontrons aussi des retards voire des manques de conteneurs en provenance de la Chine pour des produits comme la fibre (pâles éoliennes, coque de piscines, téléphonie). Il nous arrive certaines semaines d’avoir aucun conteneur et la semaine suivante jusqu’à une trentaine. Je suis obligé de mettre mes camions sur d’autres activités. Là où cela pose problème, c’est pour les transporteurs qui ne font que 100% de conteneurs. »

L’administration Biden avait imposé aux ports américains qu’ils soient ouverts 24 heures sur 24 pour accélérer les déchargements des marchandises et ainsi diminuer la file d’attente des cargos. Les ports de Los Angeles et de Long Beach avaient même imposé une redevance aux transporteurs maritimes sur leurs cargaisons séjournant sur les quais pendant plus de huit jours. « Nous avons constaté des progrès très importants dans les ports avec une diminution de 40% du temps d’attente d’un conteneur sur un quai », a déclaré le mois dernier un conseiller de la Maison-Blanche. En France, les mesures sont toujours en attente. Mais pour Jean-Yves Astouin, « nos réglementations européennes ne nous autorisent pas à travailler le week-end. Nous avons demandé d’avoir la possibilité d’étaler les frais de détention en les doublant, en les passant de 5 à 10 jours » nous a-t-il indiqué.

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