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Le biométhane acquiert-il ses lettres de noblesse ?

Dans le cadre du plan REPowerEU, la Commission européenne a pris des mesures visant à améliorer l’indépendance énergétique de l’UE. Parmi lesquelles : la diversification de l’approvisionnement en méthane « grâce à des importations de GNL et des importations par gazoduc provenant de fournisseurs non-Russes. Une autre mesure entend réduire, plus globalement, la dépendance aux énergies fossiles « en augmentant la part des énergies renouvelables. Une bonne nouvelle pour les constructeurs poids lourds qui sont déjà passés au biométhane. 

Nombre d’observateurs glosent sur le fait que la guerre en Ukraine constitue un réveil des consciences européennes, tant sur les aspects militaires qu’énergétiques. La Communication de la Commission européenne faite au Parlement européen, Conseil, Comité économique et social européen et Comité des régions sur la question de l’énergie tend à confirmer cela. Daté du 8 mars 2022, cette adresse de 12 pages rappelle quelques évidences : « L’UE importe 90% de sa consommation de gaz et la Russie fournit plus de 40% de la quantité totale de sa consommée dans l’UE. 27% des importations de pétrole et 46% des importations de charbon proviennent de Russie ».

La Commission, soudainement réveillée sur ces sujets d’indépendance énergétique, propose de nouvelles actions pour augmenter la production d’énergie renouvelable « en se concentrant essentiellement sur le gaz, qui a une influence significative sur le marché de l’électricité et pour lequel le marché mondial est moins liquide ».

En marge de tout un ensemble de mesures à court terme, la Commission évoque les mesures visant à améliorer l’indépendance énergétique de l’UE. Ce sont ces mesures qui sont intégrées dans un plan appelé REPowerEU. La première annonce vise la diversification de l’approvisionnement en méthane « grâce à des importations de GNL et des importations par gazoduc provenant de fournisseurs non-Russes ainsi qu’un accroissement des niveaux de biométhane et d’hydrogène ».

La seconde entend réduire, plus globalement, la dépendance aux énergies fossiles « en augmentant la part des énergies renouvelables ». L’objectif initial de 17 milliards de m3 de production de biométhane en 2030 (annonces « Fit For 55 » de juillet 2021) est relevé à 35 milliards de m3 dans le plan REPowerEU. Ce qui correspond à plus du double ! L’hydrogène passerait de 5.6 millions de tonnes (voulu comme renouvelable) à 20 millions de tonnes (production et importations confondues).

Il n’y a pas de fumier sans feu

La biomasse acquiert ses lettres de noblesse dans le projet REPowerEU : « les plans stratégiques des états membres relevant de la PAC devraient orienter des fonds vers la production de biométhane à partir de sources de biomasse durables, notamment les déchets et résidus agricoles ».

Le volet biométhane a été très favorablement accueilli par l’association European Biogas Association et le cabinet de consultants néerlandais Common Futures. Selon eux, l’objectif peut être atteint en grande partie sur les bases de matières premières de déchets et de résidus organiques (fumier solide et lisiers comptant pour 16 milliards de m3 ; résidus agricoles -paille par exemple- pour 10 milliards de m3). La valorisation des déchets alimentaires (2 miilliards de m3) les eaux industrielles (3 milliards de m3) et les cultures intermédiaires à vocation énergétique (comme le seigle, pour 4 milliards de m3). Pour atteindre ces objectifs il faudrait tout de même construire plus de 5 000 méthaniseurs ! S’y ajoute un plaidoyer en faveur des unités de gazéification permettant de produire du biométhane à partir de résidus ligneux (pâte à papier, déchets forestiers, etc). Peut-être faudra-t-il passer aussi par la méthanisation à voie solide pour exploiter toutes les ressources organiques faiblement liquides.

L’European Biogas Association et Common Futures coordonnent également un groupe informel de 30 acteurs industriels (énergie, transport, traitement des déchets, grande distribution). Dans cette liste figurent Iveco et Scania. On comprend dès lors pourquoi Iveco, très engagé dans les moteurs GNV, a relayé le communiqué conjoint de ces 30 entreprises. Rappelons également que l’Italie a « fléché » la production du biométhane vers les applications transport, réputées difficiles à décarboner. Une approche peut-être plus prudente que le tout électrique à batteries, largement promu à Bruxelles, qui dépend de métaux et terres rares contrôlés par la Chine et ses industriels.

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