EDITO HERVE REBILLON

Les camions ne bloqueront plus le pays

Il est loin le temps où les camions bloquaient les accès aux points stratégiques. Hier, c’était l’arme qui permettait de faire avancer les négociations dans la profession. « Nous bloquerons le pays ! » n’hésitaient pas à scander tant le patronat que les syndicats de routiers.

Les fédérations ont pourtant menacé de faire grève, les organisations syndicales ont même tenté de lancer des blocages mais en vain. Les entreprises de transport n’ont plus les moyens de mettre à l’arrêt leurs camions et les routiers n’osent plus utiliser leur véhicule pour « bloquer » par peur de retrait de permis. Bref, le transport routier ne bloquera plus l’économie aujourd’hui. Il faudra trouver d’autres moyens pour se faire entendre.

Que ce soit pour la diminution du remboursement de la TICPE (pour les patrons) ou pour le CFA (pour les salariés), les actions sur le terrain n’ont eu guerre d’utilités. La première mesure est passée sans réelles négociations dans le Projet de Loi de Finances (PLF), comme une lettre à la poste et pour le CFA, le gouvernement s’est tout juste engagé verbalement sans aucun écrit. Seul un engagement sur la « pérennité du financement sur trois ans », soit jusqu’à l’entrée en vigueur prévue de la réforme de la retraite. Bien joué !

Les temps changent. Les entreprises comme les salariés ne se sentent plus écoutés des instances parisiennes. Très souvent, fort est de constater une différence de langage entre les régions et les sièges des fédés. Pour preuve, la FNTR et l’OTRE du nord n’ont pas hésité à lancer leur propre mouvement – et ensemble – même si, par la suite, cette action était officiellement en prélude au mouvement national de l’OTRE.

Un transporteur m’avait alerté durant l’été que nous étions passés à une autre époque. Les fédérations toutes réunies ont menacé en juillet de faire grève à la rentrée. Puis, tout le monde est parti en vacances se fixant rendez-vous en septembre … pour « étudier » un éventuel mouvement en commun à une date à … « étudier ». Au final, seule l’OTRE est allée au combat. Elle a, au moins, ce mérite-là. Ce transporteur m’avait rappelé l’été 1992 lors de l’instauration du permis à points, personne n’était partie en congés et la grève avait été spontanée. Le gouvernement de l’époque avait même envoyé des blindés sur les barrages ! Mais c’était au siècle dernier.

Regardez ce reportage d’Antenne 2 en 1992

oleo100

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