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L’IFP Energies nouvelles dresse le bilan 2022 des biocarburants

Le département des études économiques de l’IFP Energies nouvelles, sous la plume de Daphné Lorne, a publié début janvier 2023 un Tableau de bord des biocarburants 2022. A l’échelle de la France, et pour l’année 2021, les biocarburants distribués sur le territoire métropolitain ont représenté 3.16Mtep[1] . Une hausse de 8% par rapport à 2020.

Les substituts au gazole sont majoritaires (2.37 Mtep) face à ceux dédiés aux essences (0.77 Mtep) et au carburéacteurs (Jet Fuel 0.013 Mtep). Notons que ces derniers semblent actuellement privilégiés politiquement par la France, l’industrie aéronautique ayant peu d’alternatives au Jet A1 d’origine fossile. Les Ester méthyliques d’huiles végétales (utilisés pour les EMAG[2]) sont très majoritaires (90% des substituts au gazole) devant les Huiles végétales Hydrotraitées (alias HVO). Le choix fait en France, pour ces derniers, de bannir les ressources issues d’huile de palme et de soja aurait conduit selon les analystes de l’IFP Energies nouvelles à un net renchérissement de ce carburant (voir plus bas).

Parmi les motifs de satisfaction, l’IFP Energies nouvelles « compte également une part croissante de biométhane incorporé au GNV. En France, la consommation totale de biométhane dans les transports a presque triplée entre 2020 et 2021 pour atteindre 1Ktep[3]. » La croissance de la demande est ici le fait des marchés autobus, puis camions lourds et enfin autocars. Pour la production de HVO, Neste investit pour 1.98 milliard de dollars US dans une usine sise à Rotterdam (Pays-Bas). La production mondiale de HVO pourrait atteindre les 32 millions de tonnes en 2025 et 39 millions de tonnes en 2030. Mais « s’agissant de l’union européenne, l’offre devrait néanmoins plafonner autour de 7 millions de tonnes du fait des contraintes réglementaires ». En France, l’actualité porte sur les BtL (Biomass-to-Liquid, faisant partie de la famille de XTL extraits par procédé Fischer-Tropsch) avec un projet appelé Hynovera. Il attend sa décision d’investissement pour 2024. Il vise à produire dès 2027 du bio-gazole à partir de résidus de bois et autres intrants lignocellulosiques. L’IFP Energies Nouvelles, avec Axens, Thyssen Krupp, Total et le groupe Avril ayant démarré dans la Raffinerie des Flandres la production de bio-carburants (programme BioTfueL, appartenant également à la famille des BtL).

 

Un contexte international porteur et des prix sous tension

Aux Etats-Unis d’Amérique, l’Inflation Reduction Act voté au cours de l’été 2022 comprend un volet d’incitations pour le bio-gazole et autres carburants non fossiles. Cela vient en complément des mesures déjà prises dans différents Etats membres (Californie, Oregon, Etat de Washington) qui vise à réduire progressivement la quantité de carburant à base de pétrole d’ici 20 ans. Le Canada a également approuvé à l’été 2022 le Clean Fuel Regulation qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre du gazole de -15% sur l’ensemble de leur cycle de vie. Face à la flambée des cours, les USA et l’Argentine ont décidé de soutenir les bio-gazoles pour combler d’éventuelles pénuries de gazole conventionnel. L’IFP Energies nouvelles relève la dynamique forte aux USA autour du bio-GNV qui a représenté en 2021 près de 2Mtep. « Ce bio-GNV est à 85% consommé sous forme de GNC, la part restante sous forme liquéfiée GNL » précise Daphné Lorne. En Europe, les pays les plus avancés sur ce sujet seraient la Suède et l’Italie. On comprend dès lors pourquoi Iveco, Scania et Volvo sont les constructeurs les plus « motivés » !

Pour les substituts au gazole (EMAG et HVO) en Europe « la plupart des producteurs de biodiesel souffrent d’un manque d’intrants conjugué à une forte hausse du prix des huiles végétales locales comme importées. Les niveaux de production et d’incorporation connaissent alors une légère baisse pour la 2ème année consécutive. La part des bio-gazoles produits à partir d’huiles usagées et de graisses animales a quant à elle continué de progresser ». Situation différente aux USA où « l’incorporation de bio-gazole augmente de 7.5% entre 2020 et 2021. Essentiellement grâce à la croissance du marché des HVO qui représente 40% des biodiesels incorporés (contre 35% en 2020). » Cela se traduit sur les capacités de production où les usines de HVO sont en passe de dépasser celles d’EMAG (avec plus de 6.2Mtep). Dans ce pays, les huiles recyclées ont représenté 33% des intrants utilisés. Au Brésil et en Indonésie, les tensions autour du soja et de l’huile de palme ont amené les producteurs à privilégier l’alimentation. Cela a entraîné une hausse des prix du marché pour ces bio-carburants qui, selon l’IFP Energies nouvelles, ont atteint en 2022 des niveaux record.

Document intégral accessible ici :

[1] Mtep : Millions de tonnes équivalent pétrole.

[2] EMAG Esters méthyliques d’acides gras. Ils constituent 100% des carburants dit B100.

[3] Ktep Kilo tonne d’équivalent pétrole

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