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Pourquoi il y a des raisons de s’inquiéter pour nos ponts

Le drame du viaduc autoroutier de Gênes a permis de mettre sous les projecteurs l’audit que le gouvernement avait commandé et rendu public très discrètement en plein mois de juillet. Pas moins de 840 ponts menaceraient de s’effondrer et présenteraient un risque en France. Et contrairement à ce qui est dit, ce ne sont pas les poids lourds qui abîment les infrastructures. Selon nos informations, Elisabeth Borne, ministre des transports, devait s’exprimer sur l’état des ponts lors du conseil des ministres de rentrée ce matin.

Premier hic : l’audit réalisé évoque les 12 000 ponts gérés par l’Etat mais a oublié les quelque 170 000 autres gérés par les collectivités locales et SNCF Réseau. L’audit que nous avons pu lire avance un risque certain de plus de 800 ponts. Plus inquiétant, il indique que « dans 7 % des cas, les dommages sont plus sérieux, présentant à terme un risque d’effondrement et donc la forte probabilité de fermer préventivement ces ponts à la circulation des poids lourds ou de tous les véhicules.

D’autres points soulevés par l’audit font aussi froid dans le dos. « En moyenne, un pont n’est réparé que 22 ans après l’apparition des premières dégradations » précisent les auteurs. Sans augmentation importante du budget, 6% des ponts seront “hors service” en 2037 !

Elisabeth Borne, la ministre des transports, qui a pourtant eu entre les mains l’audit avant de partir en vacances n’a toujours pas réagi après le drame de Gênes. « Beaucoup de ponts ont été construits dans les années 1970 et 80, or au bout de 30 ou 40 ans, il y a souvent des travaux importants à faire donc tous ces ouvrages ont besoin d’investissements » a précisé son cabinet.

Par ailleurs, l’audit explique les « mécanismes de dégradations » des chaussées et des ponts. Et contrairement aux informations souvent diffusées, ce ne sont pas les poids lourds qui abîment les infrastructures mais bien « les hivers rigoureux et les intempéries ». « Si les voies ne sont pas réparées à temps, l’eau s’infiltre et attaque la structure de la chaussée » ajoute l’audit qui évoque bien le trafic de plus en plus important des camions et des … voitures. Le camion n’est nullement pointé du doigt.

Concernant le financement pour consolider ces infrastructures voire en construire de nouvelles, 5 scénarios dont une redevance payée par le transport routier avaient été avancés dans le rapport sur l’état des routes et des ponts, « du S1 (« sous contrainte budgétaire, conforme au cadre budgétaire défini pour la période 2018-2023 ») au scénario idéal S5. » Le dernier est le seul qui permette de maîtriser les risques de sécurité pour les 20 ans à venir. Il faudrait alors investir un milliard d’euros en moyenne chaque année jusqu’en 2037 pour éviter des « risques inacceptables » de ruptures de ponts. Mais le financement des infrastructures est un autre dossier épineux dont nous reparlerons prochainement.

Il était bon de rappeler, à la veille de l’annonce d’une vignette poids lourd, que ce ne sont pas aux camions (le transport routier) de payer la facture n’étant pas à l’origine des dégradations.

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