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Téléphone au volant … Ne jamais sous-estimer les risques

Les enquêtes et autres études se succèdent pour évoquer l’une des plaies de la sécurité routière partant d’une utilisation inappropriée du téléphone portable. L’ASFA a fait réaliser une étude sur le comportement de routiers au volant de leur camion. Même si elle ne porte que sur 3 véhicules, elle apporte des informations intéressantes.

« Nous ne voulons pas stigmatiser les conducteurs routiers, nous connaissons les contraintes de leur métier et ce sont des partenaires. Cependant, nous savons bien, comme pour tous les usagers de la route, qu’il y a une tentation de manipuler le téléphone portable, pour répondre à un appel ou pour consulter des messages. Cela engendre des situations dangereuses. Ce sont des pertes de vigilance qui peuvent être très graves » prévient Christophe Boutin, délégué général de l’ASFA, l’association professionnelle des sociétés d’autoroutes et d’ouvrages routiers, qui rappelle aussi que les poids-lourds roulent sur la voie de droite des autoroutes, à une vitesse certes limitée, mais le moindre écart vers la voie d’arrêt d’urgence cause des accidents très graves pour peu qu’il y ait des véhicules arrêtés, dont ceux dédiés aux interventions baptisés « les patrouilleurs ». Naturellement, ces écarts ne sont pas uniquement dus à l’inattention provoquée par la manipulation d’un téléphone. Mais autant réduire les risques. Donc, premier conseil, le portable hors de portée de la main.

Il est vrai que les poids-lourds sont équipés systèmes embarqués de communication. Avec le Bluetooth, cela permet d’éloigner la tentation de prendre dans les mains son téléphone. « Il y a toutefois une autre pratique qui est le terminal installé avec un support sur le tableau de bord du camion. Si les communications téléphoniques ou la gestion du GPS peuvent être fait à distance, le conducteur quittera immanquablement la route des yeux s’il est attiré par une alerte. Au volant, il y a de nombreuses occasions d’être distrait. » commente Christophe Boutin qui a demandé à un organisme publique, le CEREMA (Centre d’étude et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), qui était déjà intervenu sur le sujet, de valider une nouvelle étude réalisée sur des bases scientifiques, mais de façon originale. Il s’agissait cette fois-ci d’étudier le comportement de trois conducteurs de poids-lourds volontaires recueilli par des caméras embarquées de type Dashcam filmant le conducteur et la route durant une semaine. La période peut sembler courte, mais selon Christophe Boutin, suffisante pour en sortir des enseignements. Les observations des comportements ont été réalisés à bord des trois poids-lourds. La caméra, placée à l’intérieur de l’habitacle, a permis de suivre en continu le comportement des trois chauffeurs volontaires et une caméra positionnée à l’extérieur a permis de contextualiser l’environnement autoroutier. L’observation de l’utilisation du téléphone a pu être réalisé de jour comme de nuit.

Christophe Boutin, délégué général de l’ASFA

9% de leur temps de conduite

Voici les résultats qui ressortent et en mettent en évidence une habitude qui s’avère être installée puisque les conducteurs de poids-lourds ont effectivement bien intégré l’usage du téléphone à leur conduite. Le temps passé sur le téléphone par les trois chauffeurs représente en moyenne 9 % de leur temps de conduite sur autoroute. Ces derniers utilisent leur téléphone en moyenne 10 fois par heure. La durée moyenne d’une utilisation est de 32 secondes. Sur le panel, la durée des phases pendant lesquelles les conducteurs regardent leur téléphone et non la route est en moyenne de 2,4 secondes, ce qui représente 60 mètres parcourus à 90 km/h … et la durée peut même atteindre 7 secondes, soit 175 mètres. Lors de son utilisation, le téléphone est, soit tenu en main, soit accroché à un support dédié. Les deux pratiques étant comparables en temps d’usage sur le panel. Et le délégué général de l’ASFA de conclure « Ce sont des pratiques qui peuvent aboutir à des drames. L’inattention est relevée dans 14 % des accidents mortels sur autoroute. Elle est aussi à l’origine de 38 % des accidents du personnel en intervention sur autoroute tous véhicules confondus, voitures et poids lourds. »

Jean-Yves Kerbrat
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