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TEMOIGNAGE : « on a peur pour l’avenir » (Julien Wysocki, conducteur Deroo)

Nous partageons le boulot

Julien Wysocki est conducteur chez Deroo basé à Wizernes, dans le Pas-de-Calais. Comme nombreux de ses collègues, le conducteur habitué à aller en Grande-Bretagne pour livrer du carton alimentaire avoue ne pas se sentir à l’aise avec la pandémie actuelle : « on a peur pour l’avenir. Beaucoup de camions restent sur les parcs » nous a-t-il confié. « Nous sommes tous angoissés, on espère avoir encore du boulot. »

Sur les 200 salariés que compte sa société, la moitié est à l’arrêt. « Il n’y a pas de chômage partiel chez nous. On arrive à faire sans, même si une demande a été faite. Nous partageons le boulot une semaine sur deux. On m’a laissé cette fois à la maison » ajoute Julien qui, quand nous l’avons contacté, était en repos obligé. Certains ont-ils fait jouer leur droit de retrait ? « Des collègues ne voulaient pas aller en Grande-Bretagne vu les mauvaises conditions sanitaires. La société les a mis sur la France. Et puis vous savez avec le droit de retrait, on ne touche pas tout son salaire. Faut gagner de l’argent. Nous gagnons avec les frais. Et si on se retire, on ne touche pas ces frais. »

Pour rejoindre la Grande-Bretagne, Julien emprunte soit le Tunnel sous la Manche soit les ferries. « La traversée est plus fluide par bateau actuellement car il y a moins de camions. En revanche, il y a plus d’attentes via le tunnel » nous a déclaré le conducteur expliquant que « les mesures sont plus nombreuses. Sur 26 camions habituellement, ils ont limité à 24 véhicules : 12 à l’avant et 12 à l’arrière et ils ont doublé le nombre de mini-bus : 4 au lieu de 2. Désormais, nous sommes 6 conducteurs maxi par mini-bus et non plus 12. Nous étions en guerre au début car la distanciation n’était pas respectée. » Pour Julien, tout n’est pas réglé comme la place des conducteurs dans les wagons : « pareil, les distances ne sont pas bonnes. »

Pas de douches ouvertes

Pour les ferries, les mesures barrière sont respectées puisque la plupart des conducteurs restent dans leur cabine : « c’est interdit mais on prend le droit. On le fait tous pour ne pas être en contact avec les autres. » Notre routier précise que certaines compagnies comme P&O ne jouent pas le jeu. « les douches sont toutes fermées, il n’y a qu’une seule toilette et aucune restauration possible à bord. On mange au camion » nous a-t-il rapporté. Enfin, les conditions sanitaires sont aujourd’hui plutôt bonnes en Grande-Bretagne. « Tout est ouvert à l’exception des restaurants. Les douches sont accessibles et même nettoyées » nous a-t-il précisé. Aujourd’hui, le trafic reprend progressivement. « Sur 20 conducteurs en temps ordinaire, nous étions 10 encore la semaine dernière. Et nous sommes passés à 17 lundi. »

Julien redouble de prudence aussi quand il rentre à la maison. « Dès que j’arrive, je m’écarte de ma petite famille, de ma femme et de mon petit de 9 ans. Je prends aussitôt une douche et je mets mes affaires à laver. Et je passe du désinfectant. » Cette semaine, il sera moins inquiet, il ne bougera pas, confiné avec ses proches. C’est à son tour de faire une pause.

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