Coronavirus

TEMOIGNAGE : « on a toujours été en guerre dans le transport » (Jean-Charles Hervé, Transports STRV)

60% du chiffre d’affaires réalisés

Jean-Charles Hervé à la tête des transports STRV de Chaize-le-Vicomte vit la crise du coronavirus en famille. Non pas en confinement à la maison mais au sein de l’entreprise même avec son fils Jimmy, sa fille Amélie et sa femme.

Chez ce transporteur vendéen, c’est en famille, tous soudés qu’ils combattent la pandémie et ses conséquences économiques. Jean-Charles Hervé dit réaliser entre 50 et 60% de son chiffre d’affaires. « Nous n’avons pas arrêté, ou presque » nous a confié le dirigeant qui réalise 50% de son activité dans le transport d’aliments de bétail et de matériels industriels. Le secteur a déjà connu des problèmes. « Nous avons enregistré une baisse de 20% de l’activité depuis le début de l’année. Les jeunes ne mangent plus de viandes » nous a-t-il précisé. « La crise va éviter d’aller chercher de la viande ailleurs, par exemple en Pologne et plus en France. On va être obligé de s’adapter avec le changement de consommation » a-t-il analysé.

Plus généralement, le transporteur pense que le secteur du transport routier a toujours dû se battre : « On a toujours été en guerre dans le transport. J’ai vécu des périodes difficiles. Ce n’est malheureusement pas la première. J’ai connu l’époque où il n’y avait pas de tva sur la gazole. Là ils veulent nous supprimer le remboursement de la TICPE sur le gazole non routier. On profite un peu du rouge. On va être obligé de passer en gazole pour certains véhicules. »

Une vie pour le transport

Jean-Charles Hervé s’est lancé dans le transport à l’âge de 18 ans. « J’ai eu ma première paie en 1978 » se rappelle-t-il. Ce passionné a repris la société de son père. « Il réalisait du transport de carburant et pour la distribution. J’ai poursuivi l’activité de son entreprise avec les 6 camions. Puis on a grandi en 1995.» La transmission est presque naturelle dans la famille. « J’en avais marre d’être tout seul. En plus, je ne partais jamais en vacances. Ma fille Amélie est donc devenue la numéro 2 de l’entreprise. Puis Jimmy est arrivé en 2015 et s’est occupé du réseau Pallex en Vendée. On a créé RV Fret. Mon fils a toujours été attiré par le volant, déjà sur les tondeuses quand il était gamin. J’ai mis Jimmy ensuite co-gérant de la société. Il s’occupe aujourd’hui du développement et du commercial. On a pu ainsi développer l’entreprise. Avant, nous étions à 80% du parc de camions loué. » En travaillant en famille, Jean-Charles s’estime heureux pour une chose : « au moins, j’ai vu grandir mes enfants. »

Le transporteur ne décolère pas sur certains services non assurés pendant le confinement. « Je me demande pourquoi ils ont arrêté une partie de la chaîne, comme les relais routiers et les agences poids lourds. L’autre jour, j’ai eu un problème de frein avec un camion, j’ai eu du mal à le faire réparer. Quant aux restaurants, mes conducteurs qui pour certains partent 2 nuits ont aménagé leur cabine avec à droite une partie cuisine. » Le dirigeant regrette fortement que les mesures comme la possibilité de conduire 11 heures n’ont pas été renouvelées. « Ça permettait une amplitude pour aller manger ou se reposer. Il faut des réglementations pour être plus à l’aise. » Sur ses 23 conducteurs, trois sont en arrêts. «Ils nous coûtent plus chers quand ils restent chez eux » constate-t-il un peu amer.

Le problème des retours à vide

Son activité de stockage qui représente entre 5 et 7% lui a permis de limiter la casse : « quand tout s’est arrêté, cette activité complémentaire nous a permis de tenir. Il n’y a pas de social et de fiscal. Un stock qui dort c’est rationnel contrairement à un service. Quand on envoie des camions sur la route, il y a beaucoup d’aléas » nous a confié Jean-Charles Hervé. « Le stockage, ça nous permet d’être payé. Nous avons par exemple 1 000 palettes de livres invendus. »

Quand on lui parle des prix du transport, le chef d’entreprise se fâche : « les prix baissent, certains profitent. On a surtout des problèmes de retours avec les spots. Il n’y a rien pour revenir. Nous avons des véhicules intégrés et on ne peut pas mélanger les produits. »

Jean-Charles est à la fois serein et terre à terre pour l’avenir de l’entreprise : « la transmission est faite. Mais ce sera pire pour Jimmy. Nous sommes dans des métiers compliqués et à risques. » Et il sait que la pandémie a et aura un impact sur les entreprises de transport. « Avec le virus, nous perdons la rentabilité de l’année. Il est impossible de savoir ce qu’il se passera en bout de chaîne. Mais je n’ai pas peur pour le transport. Une marchandise ne vaut que quand elle arrive sur le lieu. Donc le transport est indispensable. Il fait partie de la chaîne complète de vie » conclut le transporteur qui consacre sans relâche sa vie au transport depuis 42 ans. Et ce n’est pas aujourd’hui qu’il compte arrêter.

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