EDITO HERVE REBILLON

Tout compte fait

Et si le projet de redevance temporelle était une histoire de mauvais calcul. Depuis des mois, les fédérations crient haut et fort que le transport routier donne déjà beaucoup sous formes de taxes et que les sommes versées ne sont pas utilisées à bon escient. Face à ces rappels incessants, elles sont confrontées à un mur. Le ministère des transports ne veut rien entendre. La moindre prise en compte viendrait fausser sa feuille de route.

Le calcul tient à trois chiffres : 39 milliards (qui correspond aux recettes de la route), 7 milliards (provenant des poids lourds) et 13,3 milliards (ce qui est dépensé pour les routes). Et comme s’interrogent les organisations patronales, où est passé l’argent restant, soit la coquette somme de 25,7 milliards ? La ministre des transports, Elisabeth Borne, ne fait pas apparemment le même calcul.

Mais la profession a-t-elle intérêt à s’opposer au projet de redevance vignette poids lourds avec ces seuls et uniques arguments ? N’y a-t-il pas un risque que le gouvernement fasse volte-face et s’appuie sur d’autres alternatives. Le plan de bataille des fédés pour empêcher toute instauration de nouvelle taxe ferait alors comme un ballon de baudruche qui explose en plein vol. Le projet de vignette poids lourd peut très bien disparaître au profit d’une autre forme de taxe. La prudence est de mise.

Depuis toujours, le camion est pointé du doigt concernant l’usure des chaussées. Comme nous l’avons précisé dernièrement, le poids lourd n’est nullement responsable totalement de la dégradation des routes. L’audit commandé par le gouvernement, qui en a d’ailleurs une lecture particulière, le confirme. Et comme l’a précisé l’OTRE, les camions ne représentent que 3% du trafic total, alors pourquoi faire payer le transport routier ? Enfin, est-il nécessaire de rappeler que les poids lourds s’acquittent déjà d’une taxe à l’essieu depuis … 1968. Sa finalité ? : financer les routes. Pourquoi ajouter une énième taxe ayant le même objectif ?

Que peuvent faire alors en dernier ressort le patronat ? Une action commune, mais peu probable, visant à contester officiellement le « calcul » du gouvernement n’est-elle pas la meilleure solution ? Comme le boulevard Saint-Germain fait la sourde oreille. La ministre des transports a entrepris des « entrevues » avec la profession sur le modèle des « négociations » des cheminots. Autrement dit, sans aucun dialogue possible. Le feuilleton est loin d’être à son dernier chapitre.

 

2 Responses

  1. Le système de vignette temporelle risque de s’avérer désastreux pour le TRM français . Certes, cette taxe s’appliquera, uniformément aux transporteurs français et aux étrangers, mais elle alourdira , s’il en était besoin, la fiscalité des français qui subissent déjà, une concurrence déloyale sur le coût de la main d’oeuvre, mais aussi sur le prix du carburant, puisque les étrangers achètent leur carburant en Espagne et au Luxembourg , (avec -35 cts, une station dans ce pays, et ses douze pompes PL et 30 pour VL, ressemble à une grande barrière de péage).
    Il est alors probable qu’un certain nombre de transporteurs ne parviendront plus à boucler leur fin de mois, et devrons s’arrêter en laissant leur activité aux étrangers!
    Pour faire rentrer des recettes sans alourdir la fiscalité des transporteurs, j’avais proposé une écotaxe positive (entre ceux qui achètent leur carburant en France et ceux qui ne l’achètent pas), de laquelle, il serait possible de déduire la TICPE payée sur le carburant acheté en France (un peu comme la TVA) (800 million d’euro, aujourd’hui et plus d’un 1,2 million en 2022, versés, principalement par les étrangers …………une broutille)
    Mais le mot “écotaxe” étant devenu tabou, cette proposition n’a pas trouvé d’écho favorable, et comme l’état a un grand besoin d’argent, il est à craindre que le TRM, paiera cette vignette, supportera 50% d’augmentations de TICPE, prévus d’ici 2022, mais pas les étrangers, et se contractera de plus en plus, pour le plus grand bénéfice des étrangers et des chargeurs (ne pas les oublier!)

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