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Tribune de Florence Berthelot, DG FNTR : De l’autre côté de l’Histoire

A quelques heures de la nouvelle année, TRM24 publie une tribune signée Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR, qui revient sur la situation dramatique des conducteurs routiers pendant plusieurs jours en raison de la fermeture de la frontière entre la Grande-Bretagne et la France, suite à la mutation du coronavirus.

A l’approche du Réveillon, la nouvelle tombe qu’un accord a été trouvé sur le Brexit entre l’Europe et le Royaume-Uni. Chacun se congratule, se réjouit, se félicite.
Pendant ce temps-là, on joint au téléphone quelques conducteurs qui sont bloqués depuis quatre jours sur l’aéroport de Manston en attendant de passer un test, nouveau sésame pour quitter le territoire britannique. Certains sont désespérés. Ils savent qu’ils ne seront pas avec leur famille pour Noël. Cela fait quatre jours qu’ils ont mangé quand ils ont pu, n’ont pas eu accès à des sanitaires décents, et encore moins à des douches.
Malgré tous les efforts conjugués pour accélérer le mouvement, des centaines de français et des milliers de conducteurs de toutes nationalités resteront dans leur cabine à attendre dans ces conditions.
La raison en est que, pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, une frontière a été totalement fermée y compris au transport de marchandises. Cela n’était jamais arrivé. En mars, avril et mai, certains conducteurs ont réalisé des transports en Italie, alors gros foyer de maladie, avec une simple attestation en poche. L’Europe n’a jamais cessé de rappeler, avec le principe des Green Lanes (corridors verts), que les conducteurs n’avaient pas à passer de tests ou être mis en quarantaine.
Pourtant, le dimanche 20 décembre à minuit, la frontière franco-britannique a été totalement fermée car le virus a muté …. Pas plus mortel heureusement, mais plus contagieux. Les médias ont montré ces files interminables de camions bloqués.
L’Histoire oubliera que ce même dimanche, Boris Johnson, le Premier Ministre britannique campait de manière intransigeante sur ses positions, allant jusqu’à très sérieusement évoquer l’imminence d’un « No deal », catastrophique en termes d’échanges internationaux. Et l’Histoire oubliera sans doute que dans les derniers rounds de négociations, deux secteurs étaient au cœur de discussions acharnées : la pêche et le transport routier de marchandises.
Par un clin d’œil des circonstances, ou peut-être par autre chose, la fermeture des frontières a illustré de la manière la plus flagrante ce qui se passerait en cas d’absence d’accord : des files considérables de camions bloqués en attendant de passer des formalités administratives, douanières, ou phytosanitaires.
A la FNTR, depuis le vote des britanniques sur le Brexit, nous n’avions cessé d’affirmer qu’en cas de « No Deal », le blocage de circulation des deux côtés de la frontière obligerait tout le monde à trouver une issue qu’ils n’avaient pas pu trouver en 4 ans. Tous nos efforts à Paris et à Bruxelles, durant toutes ces années, visaient à le marteler sans cesse.
Quel historien pourra nous dire dans quelques années si cette situation de blocage du transport de marchandises n’a pas, d’une certaine façon, pesé dans les ultimes discussions du Brexit ? Aujourd’hui, il est impossible de le savoir ou de l’affirmer.
Les conducteurs bloqués, eux, ont franchi ce pas et se considèrent pris en étau, pour bien d’autres raisons qu’un virus mutant. Et l’annonce d’un accord a suscité ce curieux sentiment qu’ils y ont été -bien involontairement- pour quelque chose.
Pour beaucoup, cet accord sur le Brexit a constitué un heureux cadeau de Noël. Et il est vrai que c’est une excellente nouvelle. La morale de tout ça pourrait être que tout ce qui était sous le sapin, tout ce qui était sur la table, et peut-être aussi la conclusion d’un accord historique, ont existé parce que les transporteurs et leurs conducteurs l’ont apporté.
Mais qui s’en souviendra ? »

Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR

 

One Response

  1. Qui se souvient du rôle des infirmières lors du premier confinement ? Qui se souvient du rôle des policiers et des gendarmes lors des attentats ? Qui se souvient des militaires tombés au Mali ? Notre société individualiste est amnésique ! Ne rêvons pas et ne rêvons plus ! Ne nous glorifions pas non plus ! Soyons réaliste. Le monde du transport a été sacrifié et piétiné. Le déclin du pavillon français est inéluctable.

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