EDITO HERVE REBILLON

Quand un constructeur poids lourd chinois enflamme les marchés boursiers

L’information est passée quasi inaperçue : Sinotruk, constructeur chinois de poids lourd, a dominé les actions mondiales en septembre loin devant les secteurs qui habituellement font frémir les marchés boursiers, à savoir les sociétés de hautes technologies ou encore les producteurs internationaux de cannabis.

La simple annonce de la nomination de son président a eu pour conséquence une envolée inédite au niveau mondial des actions de Sinotruk, +69% en quelques heures seulement. Un sans précédent. Mais bien au delà de cet effet d’annonce, c’est bien une stratégie réfléchie qui est menée par le groupe de l’Empire du Milieu face à la concurrence internationale en matière de productions de véhicules industriels qui devrait s’accroître avec l’entrée en bourse prochaine de la division camion de Volkswagen, Traton.

Contrairement à ce que nous pourrions penser, Sinotruk n’est pas une jeune société, elle a 65 ans. Elle fut la première société à produire des camions en Chine. Même si elle n’a jamais dominé le marché poids lourds du pays, elle est restée discrète mais avance pas à pas. Ainsi saisissant l’expérience de l’Europe en matière de productions de véhicules industriels, elle se tourne vers l’occident dès les années 80 en passant un accord de partenariat avec l’Autriche en important des Steyr 91. Ce n’est qu’en 2000 que le groupe prend le nom de Sinotruk. Un an plus tard, il franchit un pas important en construisant la plus grande usine de fabrication d’essieux poids lourds en Chine, toujours avec l’inspiration industrielle européenne acquise. En 2006, il produit ses propres moteurs marquant progressivement son indépendance industrielle au niveau international.

Sinotruk va multiplier ses partenariats, s’immisçant gentillement en Europe. Après l’Autriche, il passe un accord avec Volvo en juin 2003 en créant une co-entreprise de productions de camions. Six ans plus tard, le constructeur se tourne vers MAN pour former un partenariat plus poussé puisque l’allemand prend des parts dans Sinotruk. Depuis sa naissance, Sinotruk a pu s’approprier les technologies et le savoir-faire de trois constructeurs européens dans la plus grande légalité.

Le fait de recruter récemment un industriel connu pour ses acquisitions étrangères gagnantes apporte une valeur (très) ajoutée au groupe. Le nouveau président n’a fait qu’une annonce depuis sa nomination : la société dispose d’une trésorerie de 1,5 milliard de dollars ! De quoi rassurer les actionnaires et surtout les bourses de la planète.

Volkswagen a bien compris que Sinotruk a du poids en Chine mais surtout sur le plan international (avec des ventes camions vers la Russie et le Moyen-Orient). Sa division poids lourd nouvellement appelé Traton a émis le souhait de se rapprocher du constructeur chinois. VW souhaite créer une co-entreprise entre sa marque MAN (qui possède déjà des parts dans la société) et Sinotruk avec un premier objectif : développer un camion pour le marché chinois. Sinotruk reste très prudent puisque le groupe a insisté pour que le partenariat ne s’arrête pas là et qu’il s’appuie surtout sur un échange de … technologies. Les deux nouveaux « amis » parlent de « coopérations de technologies ». Le chinois a souhaité un contrat limité à cinq ans. En clair, récupérer un maximum d’informations avant de retrouver sa liberté et produire lui-même ses camions « made (and thought) in Europe ».

La Chine surnommée le géant qui sommeille pourrait bel et bien se réveiller. Les 7 constructeurs européens de camions, leaders mondiaux, n’ont qu’à bien se tenir.

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