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Congrès UNOSTRA « Nous ne sommes pas des pollueurs et des assassins »

« C’est non à une nouvelle taxe, nous ne changerons pas d’avis » a déclaré Sandrine Bachy, la présidente de l’UNOSTRA, lors du discours de clôture du 60è congrès national samedi à Artigues-près-Bordeaux (33), quelques heures seulement avant l’annonce de François de Rugy sur l’arrivée d’une vignette poids lourd. « Il suffit de réaffecter l’argent collecté pour les infrastructures » a précisé la présidente évoquant les 26,8 milliards manquant, sujet à polémique. Sandrine Bachy a estimé que le secteur payait déjà assez craignant la hausse du gasoil de 7 centimes au 1er janvier : « la TICPE devrait augmenter d’autant ». “S’il venait à l’idée du gouvernement de geler le remboursement de la TICPE ou carrément de le supprimer, je tiendrai le même discours, hors de question ! Quelle TPE PME du transport réalise un bénéfice, si on ne tient pas compte du remboursement de la TICPE et des allégements Fillon? quasiment aucune.” a-t-elle déclaré.

Le Paquet routier au cœur des préoccupations. La présidente de l’UNOSTRA s’est satisfaite de la décision de Bruxelles de ne pas modifier la durée de cabotage (3 opérations sur 7 jours). “Ce qui est une bonne chose car les DREAL pourront continuer à lutter contre le cabotage illégal en verbalisant les opérations réalisées au-delà de 3 sur 7 jours” a-t-elle ajouté. En revanche, elle s’interroge sur la formule d’un repos sur « une aire bien équipée ». La présidente souhaiterait interdire purement et simplement le repos hebdomadaire dans les cabines.

Sur le Brexit, elle s’est dit inquiète : « attendons-nous à des kilomètres de bouchons aux frontières. Je rappelle que nous (transporteurs français)) sommes les seuls à payer les temps d’attente. C’est scandaleux. L’Europe doit se montrer plus ferme. » Sur le social, Sandrine Bachy a estimé positive la refonte à venir des classifications. “Les conducteurs de demain seront payés en fonction de leur niveau de formation, de leur ancienneté dans la profession, de leur autonomie, de leur capacité à prendre des initiatives et enfin en fonction des tâches à accomplir” a précisé la présidente ajoutant : ” Les grilles actuelles de la Convention collective du Transport qui ont 45 ans n’existeront plus : les coefficients 138M ou 150M seront abolis. Ce qui revalorisera énormément le métier de conducteur” s’est-elle réjouite. Sur la suppression du CICE au 1er janvier prochain, elle a estimé que “elle met fortement en danger les transporteurs.” “En contre partie, l’Etat nous avait promis une baisse de cotisations patronales d’autant, soit 6%. Lors d’un rendez-vous à l’Assemblée nationale en juin dernier avec plusieurs députés de la République en Marche, j’ai démontré qu’une baisse de 6% des cotisations patronales ne comblait pas la suppression du CICE. Celui-ci n’étant pas soumis à l’IS alors que par contre une baisse des cotisations patronales entre dans le calcul du résultat fiscal. Donc, au final les entreprises allaient devoir payer un IS plus important : du fait de la suppression du CICE. Sachant que la marge dégagée par les entrerpises de transport est en moyenne de 1%, avec la suppression du CICE elle risque de devenir nulle.”

Enfin, sur l’image du transport routier et du poids lourd, la présidente de l’UNOSTRA a déclaré : « nous ne sommes pas des pollueurs ni des assassins » évoquant le camion pris toujours pour responsable dans le réchauffement climatique et dans les accidents de la route.

Aide prolongée pour les camions verts. Paul Weick (photo), sous-directeur de la DGITM, n’a apporté que peu d’informations sur le projet de vignette poids lourd mais déclarant : « il faut des décisions durables. Rien n’est arrêté » a-t-il ajouté à quelques heures de l’annonce de François de Rugy, d’une redevance temporaire sous forme de vignette. Le représentant de l’Etat a confirmé que les aides à l’achat d’utilitaires et poids lourds gaz et électriques allaient être prolongées au delà de 2019 : « nous annoncerons prochainement une extension du dispositif de suramortissement lors d’achat de véhicules verts ». Revenant sur les conclusions du rapport du député Damien Pichereau sur le transport léger, Paul Weick n’a que rappelé les trois axes qui s’en dégagent (« mieux réguler, mieux contrôler, mieux former ») sans préciser quelles mesures et quel calendrier le gouvernement prendrait sur le sujet. Concernant l’installation de chronotachygraphes à bord des véhicules légers, il a déclaré : « le combat sera dur ».

La région bordelaise ne veut plus de camions ! Alain Rousset (photo), président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, n’a pas été tendre avec le transport routier rappelant que « 9 000 camions traversent la région par jour et remontent vers le nord. Ce qui nous pose de gros problèmes environnementaux. Nous n’imaginons pas que nous allons retarder le reverdissement des flottes. Nous devons à marche forcée s’y engager ». Il n’a pas hésité à déclarer devant une assemblée de transporteurs : « notre stratégie est de sortir le plus grand nombre de camions de la route (…) Que le trafic poids lourds soit aspiré par le rail ». Ce qui a entraîné un échange vif mais aimable entre Alain Rousset et la présidente de l’UNOSTRA qui a rappelé que plus de la moitié du parc camions en France est aujourd’hui en Euro 6, donc vert.

Plusieurs thèmes ont été abordés autour d’une table ronde et lors d’ateliers au cours de congrès de l’UNOSTRA comme l’apnée du sommeil, les plates formes d’intermédiation dans le transport, l’E-CMR ou encore les solutions alternatives au gasoil (le gaz).

L’appel des transporteurs d’Outre-Mer à l’Etat. Le congrès a été l’occasion pour l’organisation de faire un point sur son action et sa présence dans les départements d’Outre-Mer. L’UNOSTRA et ses délégations de Martinique, Guadeloupe, Guyane et de la Réunion avaient été reçues deux jours plus tôt par les ministères de l’Outre-Mer et des transports. Au cours de cette réunion interministérielle à laquelle assistait la sénatrice de Martinique Catherine Conconne, un certain nombre de problèmes a été évoqué : respect du délais de paiement de 12 à 18 mois, respect des 30 accords de Guyane, prise en charge par l’Etat des périodes de non activité après les cyclones (de plus en plus nombreux), la cessation d’activité pour les dirigeants de plus de 70 ans. TRM24 consacrera demain un article complet sur ces revendications et reviendra sur la réunion interministérielle du 4 octobre à Paris.

Revoir l’interview de Sandrine Bachy, présidente de l’UNOSTRA

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