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Blocages poids lourds : les fédés de transporteurs réagissent, les syndicats plus tard

Il faut remonter à plusieurs années pour voir des camions bloqués la circulation lors de grèves. Craignant de perdre leur permis de conduire, tous avaient renoncé à récidiver. Cette fois, le ras-le-bol a atteint aussi la population des conducteurs routiers. Des blocages de dépôts pétroliers et de péages autoroutiers ont lieu dans plusieurs régions de France sans l’appui des syndicats qui sont restés silencieux jusqu’à présent.

Un gilet jaune qui participait à un barrage a été percuté à 3 heures du matin par un poids lourd. Selon les premiers éléments, le manifestant souffre de plusieurs fractures, tandis que le conducteur du camion a été interpellé.

« Les transporteurs ne sont pas engagés dans le mouvement des gilets jaunes » précise l’OTRE dans un communiqué ajoutant : « Depuis ce matin, des poids lourds sont bloqués, contre leur gré, en divers points du territoire. Si certaines initiatives peuvent voir le jour, elles sont l’œuvre de conducteurs isolés utilisant les véhicules contre la volonté des chefs d’entreprises. Si l’OTRE respecte le droit à manifester, elle réaffirme qu’il est hors de question de se lier à une action dont on ne connaît pas ou peu les organisateurs. Par ailleurs, sur le fond, les revendications des professionnels routiers, chefs d’entreprise, ne sont pas celles de ces citoyens. »

Pour l’Unostra, « Ils (conducteurs) sont partis cette nuit ou tôt ce matin et au volant de leurs camions ils se retrouvent bloqués aux ronds-points et aux péages. Dans certaines TPE PME ce sont tous les véhicules qui se retrouvent pris en otage de ce mouvement de communauté citoyenne qui a démarré ce samedi 17 novembre (…) A ce stade et au regard des incidents qui se sont produits depuis 48 heures l’Unostra demande à l’ETAT de garantir la sécurité des conducteurs routiers, et de réinstaurer la libre circulation de leurs véhicules et de leurs marchandises, et ce sur toutes les voies de circulation du territoire » écrit l’organisation dans un communiqué.

Dans un communiqué commun, la FNTR, TLF, la CSD et l’Unostra déclarent que « les camions sont pris dans divers blocages et barrages et sont dans l’impossibilité de remplir leur mission d’acheminement des marchandises et de ravitaillement. » Les organisations appellent le gouvernement à prendre ses propres responsabilités : soit en entamant un processus de négociation avec les « gilets jaunes, soit en faisant respecter la liberté de circulation des opérateurs économiques. »

Du côté syndical, il semblerait qu’une position commune aux organisations se dessine pour la fin de semaine. FO Transport qui nous a précisé avoir été sollicité pour ce mouvement citoyen devrait se décider demain lors d’une réunion. « Si nous prenons position, c’est uniquement sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens et du nôtre. En aucun cas votre Fédération ne prendra position sur des thèmes politiques ou les démissions d’Untel ou Untel » a écrit Patrice Clos, le secrétaire général de FO transport à ses adhérents.

Le point sur les blocages

Les conducteurs routiers qui ont décidé de se joindre dès ce lundi au mouvement des gilets jaunes bloquent le dépôt de carburant de Vern-sur-Sèche (35). Une soixantaine de poids lourds empêchent l’entrée et la sortie du dépôt. La rocade de Rennes est totalement bloquée avec des dizaines de camions arrêtés. D’autres dépôts de carburant sont bloqués : celui de Frontignan, aux portes ouest de Sète, celui de La Pallice, près de La Rochelle, celui de Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône.

Le nord est également impacté. A Vendin-le-Vieil (62), la société Logidis (Carrefour) est bloqué. Le centre logistique de Lesquin (59) est lui aussi paralysé par des camions, certains ont rejoint les gilets jaunes et d’autres sont bloqués contre leur gré.

Dans le sud-ouest, le pont d’Aquitaine bloqué par des dizaines de poids lourds a été réouvert par les CRS.

Dans le sud, blocage total pour les poids lourds au péage de Perpignan sud.

Du côté des routes, plusieurs points de blocage sont à noter : sur l’A16 au niveau de Calais, au péage de Fontaine sur l’A36, à Mâcon, Bordeaux, Villefranche-sur-Saône, et à la sortie d’Orgon, sur l’A7.

Tout est parti d’un message posté il y a quelques jours par Damien Appourchaux, routier dans le Nord, depuis son compte FaceBook : « Je compte sur la solidarité des chauffeurs routiers comme en 1992 (…) là, on va bloquer le pays. No limit. Tant que les taxes ne baissent pas, on bloque les routes et on ne bouge pas (…) On ne charge, on ne livre aucun client. » Le routier qui met en avant la concurrence déloyale avec les pays de l’Est donne même des conseils à ses collègues : « Tu n’auras pas le choix vu qu’on aura tout bloqué. En même temps, tu feras grève et tu ne te feras pas n… par ton patron ». Damien Appourchaux prend la défense des patrons transporteurs estimant qu’ils paient trop cher le gasoil et « qu’ils ne peuvent pas le répercuter sur le prix du transport. »

Même si aucun syndicat de routiers n’a appelé à lancer des actions (aucun communiqué de presse à ce jour), les conducteurs tentent de s’organiser via les réseaux sociaux. L’un d’eux qui a décidé de mener le mouvement dans le sud de la France a écrit hier soir sur son compte twitter : « Attention, urgent, les routiers seront présents sur tous les blocages de France avant 7h ce lundi. Condition : ils veulent un maximum de Gilets Jaunes sur site à leur arrivée, sinon, ils iront ailleurs ! ».

Il n’est pas exclu que de nombreux conducteurs soient bloqués, malgré eux, par des actions de gilets jaunes, contrairement à samedi où aucun camion ne circulait. Et la confusion pourrait être totale entre les routiers prenant l’initiative d’actions et ceux bloqués contre leur gré. C’est le cas sur les axes et les ronds-points menant à l’entreprise de transport routier Transports Saint-Arnould (TSA) à Saint-Martin-lez-Tatinghem où les camions de l’entreprise sont bloqués par les gilets jaunes.

Hervé Rébillon
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