Moyen-Orient

Episode 7. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Nous retrouvons Jean-Louis Delarue, notre lignard du Moyen-Orient. Nous arrivons à la frontière bulgare où notre routier, Double-Mètre, a mille souvenirs à nous conter.

Bulgarie. Souvenirs de frontière.

La Bulgarie, un pays que je découvrais, tout comme mon ami Cherby, et qui allait nous faire découvrir un monde qui ne ressemblait en rien au nôtre. Cette frontière « Dimitrograd » a été l’objet d’un problème très important, qui pendant un certain temps a rejailli sur les camions de la Stouff. Le départ de cette aventure commence en Turquie, un camion Suisse était tombé en panne et le conducteur avait demandé à un chauffeur français de la Stouff, s’il pouvait charger son tracteur dans la remorque du Stouff. Je ne sais s’il avait demandé l’accord de notre patron, mais il chargea le tracteur dans la remorque, puis tant qu’à faire, il chargea dans sa cabine, une femme répondant au nom de Noeil-Noeil. Elle officiait dans un bordel pas très loin du Londra Camping, elle voulait rentrer en France, et le Stouff prit la femme dans sa cabine en la cachant dans sa couchette du haut. Ils passèrent Capitule sans problèmes et rentrèrent en Bulgarie toujours sans problèmes, puis ils filèrent vers l’autre frontière.

Au poste de contrôle, le conducteur suisse sauta de la cabine, et il avait seulement oublié de planquer son pistolet, qu’il abhorrait fièrement à la ceinture. En sautant de la cabine le pistolet tomba, presque devant le militaire en faction. Il y eu un moment de surprise de sa part, et le chauffeur suisse en profita pour faire le plus beau 100 mètres de sa vie, et de courir vers la frontière Yougoslave. Le chauffeur Stouff se retrouva en prison, surtout après que les douaniers eurent découvert notre copine cachée dans la cabine. Résultat : la Stouff perdit un camion remorque, le suisse perdit son tracteur en panne, mais ne fit pas de prison. Il ne revint jamais sur cette route du Moyen Orient. Et nous, nous fumes longtemps fouiller lors de nos passages dans cette frontière.

Une fois passé la frontière après avoir fait tamponné nos passeports, nous sommes entrés dans le pays, et la première image que j’ai gardé en mémoire, est le tableau représentant un homme tenant la hampe du drapeau bulgare, entouré de travailleurs, et sur le drapeau le marteau et la faucille. Nous avions coutume de dire, que nous prenions un coup de marteau sur la tête et un coup de faucille dans les mollets quand nous franchissions cette frontière. La douane, était à environ un kilomètre de la frontière, il y avait une sortie de la route pour accéder à cette douane.

Une surprise nous attendait dans cette douane avec la pulvérisation d’un produit sensé purifier nos camions, et la femme qui actionnait le pulvérisateur, le faisait avec application, arrosant les châssis, les roues, la cabine, la bâche. Puis elle nous faisait signe de continuer notre chemin. Les bureaux de la douane étaient des baraquements posés sur le bord du chemin, de nouveau le passeport, puis le paiement de la taxe de séjour en nombre de jour calculé par la préposée qui nous taxait d’autorité de deux jours de séjour. Puis l’obligation du change, le Leva, monnaie du pays avait à cette époque presque la même valeur que le dollar, alors que le change officieux était loin de l’officiel. Puis nous faisions les papiers de la marchandise et du carnet de T.I.R. Tout se faisait lentement, il y avait une femme qui prenait son thé alors que nous attendions dehors debout dans le froid, mais il était sûrement plus important de boire le thé chaud, et donc de faire patienter les conducteurs qui avaient froid.

Parfois nous passions de nuit, et là encore nous rencontrions des problèmes, car toutes les personnes dormaient dans leurs baraquements, nous devions sans trop faire de bruit, les rendre indispensables pour nous faire passer. Lors du contrôle des passeports, le préposé à la vérification de nous papiers, sortait le livre noir, là où étaient inscrits tous les indésirables, ou les personnes qui pouvaient aller faire un séjour avec les forces de police. Encore une chance nous étions le cas échéant inscrits dans l’ordre alphabétique. Généralement, il nous faillait environ deux heures pour passer cette frontière, puis nous étions libérés et allions vers la capitale de ce pays, Sofia.

Dans ce pays et à cette époque, nous pouvions faire des achats de cigarettes, d’alcool, de produits venant directement de l’Europe de l’ouest, tous les produits étaient détaxés et nettement moins chers qu’en France. Nous profitions de ces magasins pour acheter à la fois nos cigarettes, mais souvent des produits électroménagers.

Nous avions aussi besoin de carburant, et nous avons appris à acheter le gasoil au noir. Pour cela, les pourvoyeurs de ce marché étaient très souvent les policiers, encore fallait-il ne pas faire d’erreur, et laisser les policiers venir à notre rencontre, pour nous proposer leurs services. Je me suis retrouvé parfois dans le haut de Sofia en pleine campagne à faire le plein chez un agriculteur, qui nous remplissait nos réservoirs contre des Francs, mais surtout contre des Deutsch Mark, monnaie plus prisée par les vendeurs, qui allaient une fois payer, directement dans les magasins Free Shop, où il fallait payer les achats en monnaie européenne et de préférence en monnaie allemande.

Nous ne traversions pas la Capitale, juste avant nous tournions à gauche, et nous prenions la déviation qui contournait Sofia. Nous avions aussi des problèmes avec les voitures de l’époque qui avaient des moteurs deux temps et qui avançaient péniblement sur les routes. Il nous faillait faire très attention à notre vitesse car la sanction était « Pet Leva » ou cinq dollars. A la fin de la déviation nous reprenions la route vers la Turquie, juste près avoir tourné à gauche il y avait un contrôle de police, où nous devions montrer nos passeports. Puis nous reprenions cette route, où nous avions un parking, avec un restaurant. Je me souviens de lui mais je ne me rappelle plus quel nom nous lui avions donné. Il y avait aussi une fontaine où nous nous lavions au matin. Nous n’étions pas les seuls surtout l’été, lors de la grande transhumance des allemands à moustaches.

Dans ce restaurant, nous mangions un « Mixed Grill » et il était très copieux et très bon mais nous devions surtout boire autre liquide que de l’alcool, car la tolérance dans ce pays était de zéro degré au volant. Beaucoup conducteurs non avertis se faisaient prendre par le policier de service qui officiait sur le parking.

Jean-Louis Delarue

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