Tribunes

Le reset attendu aura-t-il lieu ?

Par Patrice Salini, économiste des transports

Le grand mérite des rentrées, c’est bizarrement qu’on en attende du nouveau. Comme si des vacances – si tant est que les politiques en prennent et ne cèdent pas aux mirages de la communication estivale – avaient pour effet de permettre un chambardement, une sorte de « reset » politique et social.

J’avoue mon incrédulité. De reset, il n’y a généralement pas, ce qui conduit inexorablement les mêmes questions, les mêmes problèmes, et les mêmes solutions à être portées au devant de la scène. Enfin, portées n’est pas le bon terme. Problèmes et questions sont là. Tiens, la vraie France existe, elle ne s’était pas vraiment assoupie, et les problèmes d’avant, sont toujours présents après l’été. Ce qui fera différence ou pas avec «avant » ce sont les réponses, les méthodes et la capacité d’écoute. Or, il y a de ce côté là de réels invariants : une sociologie du pouvoir, les équipes, leurs façons de faire et de traiter les dossiers.

On sait déjà – on le savait déjà avant – quels « dossiers » (horrible mot désignant un problème ou un projet) seront mis sur le devant de la scène. On n’échappera pas à un nième feuilleton autour de la loi mobilité qui reviendra au premier plan ne serait-ce que pour enfin pouvoir la promulguer. Ce qui est présenté comme un boîte à outils est aussi une loi ordinaire, tout sauf banale et donc normative pour ne prendre que l’exemple des plate-formes et du travail « indépendant ». Dans ce domaine, les priorités sont claires : elle ne sont pas du côté des travailleurs, de leur rémunération et leurs conditions de travail, jusqu’à choquer les organisations patronales du transport dit léger.

Nous aurons bien entendu le psychodrame annoncé sur la taxation des routiers, et celui moins grand public du financement des infrastructures. Avec le risque de mettre le feu pour quelques (centaines de) millions d’euros, alors que l’on s’entête à ne pas mettre au frigo des dépenses excessives comme celles prévues – mais non programmées – pour le Lyon-Turin ferroviaire. Et l’on aura bien entendu les discours attendus sur la transition écologique, mélange de politique fiscale et de bonnes intentions.

Le drame c’est que continueront de s’accumuler les signes contradictoires. Les transporteurs l’ont bien compris. Et ils continueront à vouloir prendre au mot le gouvernement sur l’intermodalité et les véhicules « verts ». Ils demanderont des actes !

Leur « aidez-nous », ressemble déjà à un « même pas cap’ », tant le gouvernement est désarmé par des questions pratiques et concrètes. Le monde du fret ferroviaire – de réforme en réforme – n’en finit pas de vivre un calvaire et de perdre des trafics au point de se retrouver au niveau du milieu des années 1920, tout en clamant un crédo irréaliste qu’il ne sait traduire en politique et encore moins en actes.

Vous pourrez constater ainsi que rien – ou si peu – ne change. Peut être ne sait-on plus faire ?

La technocratie sait parler technique mais ne sait plus trop comment agir. Les usines à gaz se succèdent et les questions simples, concrètes demeurent qui appellent une politique.

Le reset attendu aura-t-il lieu ? Ne faisons pas mine de croire le suspens insoutenable.

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