Instantané TRM24 Moyen-Orient

Episode 2. Ma vie au Moyen-Orient au volant d’un camion

Nous retrouvons Jean-Louis Delarue, notre routier qui fut partie de ces lignards du Moyen-Orient. Lors de l’épisode 1, Double-Mètre (son nom de route) nous comptait ses débuts dans le métier et tout particulièrement au Moyen-Orient.

Mes premiers kilomètres

Me voilà embauché au sein d’une société, qui est devenue dans la mémoire de beaucoup d’employés comme des conducteurs, l’une des sociétés et surtout de notre patron « Monsieur STOUFF » la plus appréciée encore aujourd’hui de tout le personnel qui œuvrait au sein de cette firme. L’après-midi se passa à nettoyer et à ranger mes effets personnels, dans la cabine du camion que José l’affréteur m’avait immatriculé « 974 PX 74 », le camion et la remorque étaient chargés pour Téhéran.

L’Aventure, commençait, sur le parking de la « Stouff ». J’allais partir avec un autre chauffeur, qui comme moi venait d’être embauché, mais qui avait un avantage sur moi : il était d’origine musulmane, son nom est pour moi, un souvenir heureux, car cet homme est devenu pendant, le voyage, un ami que je recherche toujours. Son nom CHERBY.

Mais revenons à la fin d’après-midi. Nous avons été voir José, qui nous donna les papiers du chargement, mais aussi, le carnet de T.I.R 14 volets, pour le camion, et idem pour la remorque. Les deux carnets de passages de l’Automobile Club, qui allaient me servir pour entrer en Turquie. Puis une liasse d’autorisations de transit, une pour chaque pays que nous traverserons soit quatre autorisations, bizarrement aucune autorisation pour l’Iran. Puis avec un carton qui comportait quatre cases : l’une pour les papiers du camion, la deuxième pour les papiers de la marchandise transportée, la troisième pour le garage, où il fallait vérifier si nous avions une barre de traction, des chaînes pour les routes neigeuses, des outils, mais aussi vérifier l’état des pneumatiques, si l’entretien avait été fait. La signature du chef du garage était apposée quand les vérifications avaient été faites. Puis pour finir, nous passions par la comptabilité, où nous recevions l’argent du voyage, 16 000 frs ( 2 440 euros) si mes souvenirs sont exacts, la comptable signait elle aussi le carton du voyage.

Dans la commune d’Annemasse, nous avons été très vite connus, car nous étions un peu des envahisseurs, avec nos camions. Il y avait parfois la mise en place de radars par la gendarmerie, nous étions très vite au courant de son emplacement, il y avait toujours une personne qui venait nous avertir de sa mise en place. Nous sommes partis tous les deux, avec des étapes avant de sortir de France, faire des provisions comestibles pour le voyage, et j’ai inventé un slogan, pour la route : William Saurin est devenu un bon copain. Il y avait un magasin à Sallanches qui nous servait de point de départ réel après les courses.

Puis la route devenait notre maîtresse. Il nous fallait passer Cluses, à cette époque pas d’autoroute, la nationale, et déjà un restaurant ouvert 24/24 heures. C’était un baraquement en bois, mais que de souvenirs à l’intérieur. Puis nous passions le Fayet, et nous partions à l’assaut des Montées Pélissier, dans la montée il y a toujours un virage qui porte un nom, Le mur Picasso, car il est bariolé de beaucoup de peinture de camion, qui parfois frotte le mur.Nous avions là encore des restaurants qui savaient nous accueillir avec il est vrai parfois nos « grandes gueules ». Parfois certains conducteurs allaient jusque l’Italie et garaient leurs camions et disparaissaient avec les seize mille francs.

Le camion que je conduisais était un SM 300, moteur V8, pompe rotative SIGMA. Je parle de la pompe car celle-ci avait un défaut. Il y avait une calle qui souvent cassait, et à cette époque les cabines se basculaient à la force des bras, et nous devions remettre une calle pour continuer notre route. Lors de ce premier voyage, il nous fallait faire des photos car les autorités turques en consommaient quelques-unes mais aussi les bureaux des transitaires qui avaient tous des panneaux au mur de leurs bureaux, avec toutes les photos des conducteurs qui passaient par leurs services.

Nous nous sommes arrêtés à Chamonix, à la gare et nous avons fait une provision de nos gueules, et en sortant comme j’étais encore nul dans le maniement du camion remorque, j’ai, en reculant, un peu plié ma flèche. Ce qui fait que sur la route ma remorque était un peu en débordement sur le côté gauche.

Cela ne nous a pas empêché de prendre la route, puis de monter la rampe d’accès du Mont Blanc juste après nous être fait contrôlés à la guérite qui se trouvait en bas de cette rampe. Puis nous avons payé le Tunnel du Mont Blanc long de plus de 11 kilomètres et qui nous emmenait vers la plateforme du Monté Bianco, coté Italien. A cette époque nous faisions toutes les formalités de passage sur cette plateforme, il nous fallait payer la Boletta, plus une petite taxe de passage. Faire tamponner notre carnet de T.I.R et arracher le volet d’entrée, puis faire tamponner notre autorisation de transit, et surtout suivre l’itinéraire obligatoire inscrite sur le carnet de T.I.R.

Je suivais CHERBY, car mes connaissances que nous étions en train d’acquérir passaient par celui qui paraissait le plus débrouillard. Nous connaissions la route ou plutôt les autoroutes qui sillonnaient l’Italie, et pour aller vers la Yougoslavie il n’y avait pas de problèmes majeurs. Quelques Anciens du Moyen Orient.

Jean-Louis Delarue

One Response

  1. Chapeau bas aux gars qui ont vécu ces aventures (là, je crois qu ‘on peut parler d’ aventures) mais que de souvenirs inoubliables….
    Bravo et respect

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