Tribunes

La sécurité des automobiles n’est pas celle des poids lourds

Par Jean-Louis Delarue, surnommé Double mètre. Il fut conducteur routier pendant 50 ans dont 16 sur les routes du Moyen-Orient.

Le domaine de la sécurité est vaste, et mérite quelques lignes, car elle devrait et doit être l’objet de nombreuses recherches. En premier lieu pourquoi n’y a-t-il pas, dans les véhicules lourds de systèmes types airbag ? Tous les véhicules légers en sont obligatoirement équipés, les conducteurs de camions eux n’ont pas le droit à ces protections, pourquoi sommes-nous incassables, sommes-nous fait en bois de fer ? Non pas, pourtant je ne sais si des études sont en cours, ou encore est-ce que nous sommes des quantités négligeables qui n’avons donc pas le droit à cette protection dans les cabines.

Ceci dit, il y a un autre point dans les camions qui pose bien des problèmes à des personnes hors normes. Je parle de la ceinture de sécurité, qui a pour particularité actuellement d’être non réglable car incorporée dans les sièges, conducteurs et passagers. Les bonnes tailles pour cette ceinture est de faire entre 1,70 et 1, 80 mètre, en dessous d’1,70 mètre il faut au chauffeur trouver une position assise, particulière, car la ceinture risque de lui passer devant le visage, donc il doit la coincer sous le menton, ce qui est l’une des plus mauvaises solutions en cas de chocs frontales. Dans l’autre cas de figure, les conducteurs de 1,80 mètre et plus, la ceinture vient automatiquement se mettre sur le cou, juste au niveau des veines du cou, ce qui fait qu’en cas de choc frontale, le conducteur est en effet bien retenu mais par le cou et à de forte chance de mourir la gorge écrasée par la ceinture.

Pourquoi ne pas penser, car nous, nous pensons parfois, équiper les véhicules lourds de harnais. C’est actuellement la meilleure solution, je me permets de rappeler, qu’un conducteur de véhicule léger parcours annuellement environ 20 000 kilomètres, un conducteur de camions lui parcourt environ 170 000 kilomètres à l’année. En son temps, j’avais déjà évoqué auprès des services du ministre Charles Fiterman le problème de la ceinture, mais je suppose que le ministre avait d’autres problèmes que celui des routiers et de leurs ceintures de sécurité, qui dans certains cas n’avaient pour nom de sécurité que l’obligation de les mettre.

Un autre problème celui de l’alcoolisme et de la drogue au volant, et dans ce domaine pas grande nouveauté à l’horizon, car équiper les camions de détecteurs d’alcools n’est efficace que lorsque les employeurs auront la volonté de rouler plus propre. Et dans ce domaine nombre de conducteurs savent jouer avec les détections, je fus un temps secrétaire de CHSCT, et j’avais demandé à mon employeur de faire pratiquer certains tests. Résultat : un chauffeur qui était fumeur de « chichons » avéré, passa le contrôle médical sans problèmes car il était venu avec de l’urine de son fils ! Ce n’est qu’un des exemples, le pire c’est qu’un jour j’ai pris un coup de barre de cabine sur la cuisse, sous le prétexte que j’avais fait de sorte que le chauffeur soit « malade » pendant trois mois.

Combien de conductrices et conducteurs roulent sous l’emprise d’alcool ou de drogue, je ne puis le savoir, mais je vais donner un exemple simple. Dans la société où je travaillais il y avait cinq cent cartes grises moteurs, donc environ 550 conductrices-conducteurs. Et l’employeur de cette époque avec lequel j’avais de bon rapport, me dit un jour, en voyant un des chauffeurs qui roulait sous l’emprise de drogue douce, « tu vois ce chauffeur quand j’ai besoin de le faire rouler vers Paris un samedi et qu’il reste bloquer à la capitale, je lui donne deux cent balles et il peut monter acheter sa merde pendant le dimanche. » Il y avait environ une bonne centaine de fumeurs.

 

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