Coronavirus

TEMOIGNAGE : « Après les ports, on doit supporter le virus » (Morganne Groulet, Transporteur)

Morganne Groulet qui dirige sa petite PME du sud de la France doit enchaîner la période de grève dans les ports et la crise de coronavirus. « Nous sortions de deux mois compliqués, nous nous remettions à peine. Et voici le virus qui arrive ! » nous a confié, amère, la cheffe d’entreprise.

Sa société créée en 2010 est basée à Lambruisse, dans les Alpes-de-Haute-Provence, et est spécialisée dans les conteneurs. Morganne en a fait sa spécialité depuis ses tout débuts. A peine sortie de l’école, un BTS Transport en poche, elle commence à rouler dans l’entreprise de son père qui transportait des animaux vivants entre l’Aveyron et les Alpes. Mais très vite, elle ne peut s’empêcher de créer sa propre société de transport. Et au volant d’un MAN loué, elle multiplie les allers et retours au port de Fos-sur-Mer où elle charge et décharge des conteneurs.

Sur ses 7 camions, 3 sont stationnés dans sa petite entreprise. « Mon activité conteneurs marche à 50%. La Chine a recommencé à envoyer des marchandises vers l’Europe. Mais les bateaux décalent les arrivées dans les ports européens, ils ne veulent pas accoster de peur d’être contaminés » indique Morganne. « Décembre et janvier ont déjà été très compliqués. En janvier, on a subi 9 jours de grèves. Quand c’est reparti, il y avait la queue, du coup on n’a pas fait grand-chose au final. Et maintenant, c’est le coronavirus ! » regrette-telle.

90% de son chiffre d’affaires est réalisé dans l’activité conteneurs, le reste dans le frigo et le plateau. Mais là le camion est au parking. « J’ai un frigo qui j’avais placé chez un transporteur. Là, ils m’ont arrêté la tournée. J’avais formé un jeune chauffeur de 19 ans. Je voulais le placer dans l’activité conteneurs mais c’était compliqué. Il fallait une carte d’accès au port et tout était fermé. Je l’ai mis en chômage partiel » précise-t-elle. Morganne réfléchit à demander un prêt à la Bpi, « 21% du chiffre d’affaires est prêté ». La cheffe d’entreprise devra attendre aussi que lui soit livré le Volvo qu’elle avait commandé. « Peut-être, je vais devoir repousser pour l’avoir. Il m’attend pourtant mais 2020, c’est foutu pour les investissements » regrette la dirigeante.

Morganne doit partager sa journée entre le bureau et sa vie de maman. « C’est compliqué avec un enfant de 6 ans. C’est sportif. Je dois être aussi présente quand la maitresse fait sa classe par internet. » Sa bouffée d’air pur sera dans quelques semaines. Elle est programmée, comme chaque année, fin mai. Elle se réjouit déjà des transhumances qu’elle pratique depuis quelques années à bord de sa bétaillère. « J’ai beaucoup à faire avec les 2 500 moutons de mes parents » nous précise la dirigeante. Avant, elle devra honorer les transports qui devraient reprendre : « mon planning commence à se remplir pour la semaine prochaine. J’espère que ça va repartir » se réjouit-elle. Morganne n’exclut pas de développer sa petite entreprise d’ici quelques temps, malgré la crise sanitaire et économique actuelle. « J’aimerai arriver à 10 camions. Au-delà, c’est compliqué ! » souligne cette fille de routier et petite-fille de berger.

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