Tribunes

Ecologie : La rupture aura-t-elle lieu ?

Par Patrice Salini, économiste des transports

On parle beaucoup de transition écologique. Progresse-t-on dans les transports ?

On parle. Il est plus difficile de définir et mettre en œuvre une politique. Et les idées reçues, parfois fort simples circulent. Ainsi ce matin, lors d’une émission sur l’Italie actuelle, des journalistes s’inquiétaient de l’abandon possible des grandes politiques d’infrastructures et citaient comme exemple à la fois l’opposition passée du mouvement 5 étoiles au remplacement du Pont de Gènes (écroulé), et actuelle à la réalisation de la liaison Lyon-Turin ferroviaire. Comme si c’était une seule et même chose. Dans un domaine technique comme celui des transports le rôle des lobbies, les erreurs d’analyse, l’information insuffisante ou inexacte, rendent difficile discernement et cohérence. Aujourd’hui, arrêter des grands projets inutiles à court et moyen terme – comme Lyon-Turin – me semble, par exemple, indispensable ne serait-ce que pour assurer l’entretien des réseaux et leur rénovation, et engager une politique ayant clairement des effets positifs par rapport aux objectifs fixés de transition écologique. Or ceci n’a de sens que si on mène une évaluation pluraliste et contradictoire de ces projets et de la politique à mettre en œuvre.

Des projets et de la politique ?

Nécessairement ! Les grands projets – à tout le moins ceux qui se chiffrent en milliards – font parfois l’objet de DUP renouvelées à 10 ans d’intervalle sans que les dossiers d’évaluation économique et écologique ne soient ré-examinés ni contre-expertisés après les modifications décidées. Je pense par exemple à Seine-Nord. On peut prendre le temps – après avoir si longtemps tergiversé – de faire l’effort de l’analyse contradictoire, ne serait-ce que pour éviter « l’Ivresse des grands projets », si courante !

Pour les politiques le problème peut sembler nouveau. Il est pourtant ancien. Il faut tout simplement s’assurer de l’efficacité des stratégies définies – et donc les expliciter, ce qui n’est pas le cas – et surtout de vérifier la bonne adéquation entre les objectifs poursuivis, et les programmes et moyens mis en œuvre. Cette réflexion, basique, n’a pas, à ma connaissance, eu lieu, et si par hasard elle avait été faite, elle n’est pas pluraliste ni contradictoire, ni transparente.

On ne peut pas indéfiniment se contenter de discours généraux et abstrait. Un exemple : nous venons, très collectivement, contester les choix de la Commission Européenne en ce qui concerne les Réseaux TransEuropéen en cas de Brexit « dur ». Sans doute avons-nous été peu audibles ou convaincants. Pour autant que proposons-nous concrètement en termes de politique portuaire. Que la technocratie bruxelloise considère que la piètre dimension de nos hinterlands maritimes a un lien direct avec nos politiques passées, et que les orientations prises ne changeront pas grand-chose, ne semble pas traverser l’esprit des protestataires français. La bonne question est pourquoi !

Rupture ?

Une rupture est fortement souhaitée par les gens convaincus que la Terre file un mauvais coton. Or les politiques actuelles ressemblent trop au fil de l’eau. Faut-il l’anticiper ? Difficile d’y croire, non seulement parce que le débat n’est toujours pas éclairci, et que le Grenelle de l’environnement a ouvert la porte à trop d’illusions. On vendra des taxes comme éléments d’un Bing-Bang, ce qui est d’un effet illusoire. J’ai souvent expliqué que le Ministre chargé des transports – comme celui de la transition écologique – a à définir une politique dont il ne maîtrise pratiquement aucun des leviers. Il ne reste donc que broutilles et postures. Autrement dit, toute politique réelle de rupture résulte nécessairement d’un accord plein et entier du gouvernement et, dans notre système politique, du Président. Jadis, on aurait inscrit tout ça dans le Plan ! Un truc à réinventer sans doute !

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